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BAISEMAINS

Les actes officiels de grande étiquette, ceux qui avaient lieu les jours de l'anniversaire de l'Indépendance et de la fameuse bataille d'Ayacucho, ont heureusement disparu.

Le Président, les autorités et les corporations assistaient, comme ils assistent encore, dans ces jours mémorables, à la messe d'action de grâces qui se chante à la cathédrale , en souvenir de ces événements. La cérémonie religieuse une fois terminée, les autorités accompagnaient le Président à son palais; ce dernier se plaçait sous un dais dans la salle des réceptions, pour écouter les harangues que lui adressaient les chefs des corporations et les professeurs ou les étudiants des collèges nationaux. Les harangues portaient toutes sur le thème obligé de « remercier le Tout-Puissant pour avoir obtenu l'Indépendance; de déplorer les malheurs politiques de l'année précédente et de se réjouir de la félicité que promettait l'année présente. » Bans ces discours pompeux, et variant sans changer, on

voyait figurer : Mars et ses ruines, Minerve et ses bienfaits, l'olivier de la paix, le flambeau de la discorde, le lion de l'Ibérie, le joug de la conquête , les trois siècles, et toute cette phraséologie inventée et soutenue par le patriotisme depuis près d'un demi-siècle.

Il était convenu de terminer par ces paroles ou par d'autres semblables : Que le Pérou soit heureux! Que l'arbre de la liberté nous donne des fruits abondants et savoureux sous le sage, le juste et l'illustre gouvernement de V. E. ! Tels sont les vœux de la Cour des Comptes ou de l'illustre Université de San Marcos, au nom de qui j'ai l'honneur de féliciter V. E., en ce jour mémorable pour la -patrie. — J'ai dit.

Le président, orateur ou non, devait répondre aux beautés ou aux impertinences qui venaient de lui être débitées, en offrant son bras, son épée et tout ce qu'il pouvait, pour que le Pérou fût heureux l'année suivante ; après quoi tout le monde se retirait en commentant le mérite des discours, le talent de l'orateur et le malheur ou la maladresse de ceux qui étaient restés à quia, au beau milieu de leur harangue.

La cérémonie des discours étant abolie, on l'a remplacée par un acte moins ridicule, et qui constitue des avantages positifs pour les adorateurs de l'Indépendance. Le Gouvernement invite au palais les vétérans de l'an 20 et ceux de l'année courante; il les fait asseoir devant une table abondamment pourvue de mets et de liqueurs (1). Les vétérans se réjouissent et prononcent des discours, en remerciant Dieu qui, grâce à l'Indépendance et au progrès de l'industrie, leur permet de boire

Aquellos vinos puros, Generosos, maduros, Gustosos y fragantes, Que no tomaban àntes (2),

c'est-à-dire dans ces temps glorieux où ils combattaient pour la liberté du Pérou.

(1) S'il arrive qu'ils ne soient pas renversés par quelque chef révolutionnaire récemment vainqueur.

(2) Ces vins purs, généreux, vieux {lit t. mûrs), savoureux et parfumés, dont ils ne buvaient guère autrefois.

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