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DEUILS, ENTERREMENTS ET BOUTS DE L'AN

Rien n'était assurément plus ennuyeux que l'ancien cérémonial en usage pour les deuils, les enterrements et les bouts de l'an. Nonseulement on y avait introduit une étiquette qui était du dernier ridicule, mais on peut dire que, sous l'apparence lugubre d'une

mélancolie plus ou moins feinte, on outrageait la mémoire de la personne même, en souvenir de qui on poussait de profonds soupirs et versait d'abondantes larmes.

Nous ne remonterons pas à l'époque où un convoi funèbre se composait d'une foule de moines, de nombreux amis et connaissances, et d'une quantitéde curieux, qui accompagnaient, le cierge à la main, le corps du défunt pour le conduire à l'église où devaient se faire ses funérailles. Nous ne révélerons pas les conversations animées, par lesquelles les amis et les indifférents rappelaient la vie et les miracles de celui qui n'était plus, pour lui prodiguer des louanges ou des reproches, qui se terminaient toujours par ces phrases pleines de compassion : Dieu lui ait pardonné l Enfin, il est mort, le pauvre Itommel Nous ne redirons pas non plus les scènes qui se passaient pendant les déjeuners et les once{\), où la famille en pleurs attendait les invités aux enterrements et aux bouts de l'an. Après avoir commencé à manger avec un visage plein de tristesse, en poussant, pour la forme, des soupirs qui ne sortaient guère du cœur, on prétendait tuer le chagrin avec plusieurs verres de liqueurs; puis on se levait de table, après avoir oublié tout à fait les vertus du défunt tant regretté.

Nous nous rapprocherons davantage de notre temps, et nous raconterons les cérémonies funèbres qui avaient lieu, avant que les cartes de visites, à filets noirs, eussent rempli dans notre société leur mission de réforme, de décence et de civilisation.

La seconde nuit après la mort de quelqu'un, on le transportait à l'église, comme on le fait aujourd'hui, accompagné en silence par ses amis et ses connaissances les plus intimes. Le jour suivant, on faisait les cérémonies religieuses, qui commençaient à dix ou onze heures du malin. Lorsqu'elles étaient terminées, les affligés qui occupaient, pendant la cérémonie, les premières places à gauche, les plus rapprochées du catafalque, se plaçaient à la porte de l'église au moment où on emportait le cercueil; et, montant en voiture, ils accompagnaient avec quelques amis le corps jusqu'au cime-

(1) Voir la note do la page 12ii.

tière, pendant que d'autres se rendaient à la maison de la famille du défunt, pour attendre le retour des premiers.

L'épouse et les autres femmes de la famille attendaient aussi ce retour dans le salon, rendu complètement obscur, et en compagnie de leurs parentes et de leurs amies. Quand ceux qui s'étaient rendus au cimetière étaient de retour, le parent le plus proche entrait au salon et ouvrait une ou deux croisées. Alors on rompait le silence sépulcral qui avait été gardé pendant trois ou quatre heures, mais il n'était possible de parler qu'à voix basse et à peine saisissable.

Le deuil durait un mois; tous les amis et les personnes avec lesquelles on était lié s'imposaient le devoir forcé de tenir compagnie à la famille affligée. Les hommes se tenaient dans l'antichambre, où il était permis de parler, mais à voix basse; les dames, toutes vêtues rigoureusement de deuil, s'enfermaient dans le salon, tristement éclairé par la lumière languissante d'une lampe recouverte d'un crêpe. On n'entendait dans le salon que des soupirs ou des exclamations plus ou moins sincères; la veuve ou la mère pleurait ou se lamentait, et c'était un devoir pour les assistants de faire entendre aux angles du salon les cris de : Aïe!... oh! aïe, aïe! aïe, aïe, aïe!!!. et un bruit semblable à celui de quelque mouchoir dont on se servirait pour se moucher.

A huit heures du soir le deuil cessait. Ce moment était critique et très-pénible pour les femmes; il devait y en avoir une qui sortit la première de cet état exagéré de silence et de feinte, pour saluer et se retirer, et celle qui avait assez de courage pour le faire était appelée la chivata (1). Aussi était-il très-commun d'entendre dire : Dans le deuil de Dana une telle, Doua NN. a été la ch i va ta.

Aujourd'hui, quoique les cérémonies religieuses se fassent dans le même ordre, on n'est pas obligé de se rendre à la maison mortuaire le jour de l'enterrement; les amis constatent leur présence au moyen de cartes de visite de deuil. Les amis intimes et les parents sont reçus sans formalités ennuyeuses, et, l'austérité et les ridicules étant abolis, on trouve naturellement plus de sincérité dans

(I) La chèvre.

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