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marche, il comprit le mauvais iour qu'on voulait lui jouer. Sans hésiter, il se jette à l'eau, arrive à la nage jusqu'au môle, où il est recueilli par quelques affréteurs qui l'avaient connu au cirque des taureaux du Callao. Depuis cette aventure, il n'a plus voulu aller à bord d'aucun navire. Un Anglais voulant l'emmener à son tour, il se mit eu colère pour la première fois de sa vie, et, pour recouvrer sa liberté menacée, il donna à l'Anglais un furieux coup de dent au bras.
Cet heureux mortel, qui passa la vie la plus heureuse et la plus insouciante, paya, il y a deux ans (18G4), son tribut à la nature; il mourut, mais sa mémoire ne s'effacera pas de longtemps ; Lima, ou tout au moins la génération présente, se souviendra du perrito nègre del Acho (le petit chien noir de l'Acho).
Taureau traîné par l'a cui-retil/a.
Quand les combats de taureaux avaient lieu le lundi, la promenade de l'Acho commençait dès la veille. Le dimanche soir, YAlavieda (allée) se remplissait de monde qui allait voir l'arrosement du cirque, opération exécutée par les nègres porteurs d'eau. Le lendemain matin, il y avait également foule pour assister à l'arrivée et à la mise en sûreté des taureaux.
Les personnes qui n'assistaient pas aux courses passaient ordinairement leur après-midi à YAlameda. Rien de plus divertissant
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LIMA. |an
que cette promenade animée par la présence de centaines de tapadas (1), prodiguant l'esprit et la grâce dans les fines reparties qui caractérisent les Liméniennes. Sous la protection du voile , qui ne permettait pas de les reconnaître, elles donnaient un libre essor à leur talent et à leur génie, et plus d'un gandin avec des prétentions de bel esprit était obligé de courber la tète, honteux de l'impuissance de ses batteries. Néanmoins, au milieu de cette liberté de langage, la tapada gardait le bon ton et la dignité de sa classe : malheur à l'impudent ou au maladroit petit-maître qui eût voulu pousser les choses au-delà de la limite tracée par la bonne éducation !
La promenade sur YAlameda del Aeho ne présente pas aujourd'hui les mêmes attraits qu'il y a une douzaine d'années.
Le besoin d'aller aux courses de taureaux était jadis si impérieux pour les habitants de Lima , qu'une personne se serait trouvée malheureuse de ne pouvoir se procurer, même au prix des plus grands sacrifices, le plaisir de voir mourir un taureau par les mains d'un homme, ou un homme sous les cornes d'un taureau.
Pour satisfaire ce besoin , le père de famille nécessiteux, s'il voulait conserver la paix dans son ménage , se voyait forcé de faire toutes sortes de sacrifices afin de procurer à sa chère moitié le spectacle d'un si cruel amusement. La femme de joyeuse vie envoyait à l'usurier un bijou ou un vêtement, et, chose inouïe, plus d'une femme de ce genre vendait jusqu'à son matelas pour aller aux courses de taureaux. La populace, tout aussi avide de voir les courses, mais moins scrupuleuse, cherchait à se procurer les ressources nécessaires dans le vol.
Dans l'intérieur des tribunes qui entourent le cirque, se placent des marchands d'eau-de-vie et de chicha (espèce de bière); la foule peut donc à son aise arroser ses plaisirs et noyer ses chagrins dans les liqueurs enivrantes; mais, lorsque les esprits sont échauffés, il y a presque toujours des rixes, et quelquefois même on compte des victimes dans la soirée des jours de combat.
(I) Dames voilées avec le manto. Voir les gravures pages 10o, 100 et 107.
L'autorité, zélée et vigilante, ordonna qu'on ne crierait ni ne vendrait d'cau-de-vie dans l'enceinte de l'Acho. La première partie
Ghichera de l'Acho (marchande de chicha).
de cet ordre de police a seule été exécutée. En effet, on n'entend plus crier d'eau-de-vie : les marchands annoncent leur boisson en criant : agita denieve (eau glacée, ou littéralement : eau de neige); \cebada cotipiiïa! (orge et ananas); \las suertesl (les passes).
Quant à la vente, il paraît que l'autorité a cru devoir faire cette concession aux marchands dociles qui ne crient plus leur eau-dede vie qu'en la déguisant sous un autre nom.