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CARNAVAL

An nombre des divertissements ridicules, que la barbarie a introduits chez les peuples, et que les siècles et la civilisation n'ont pu parvenir à faire disparaître chez quelques-uns, on doit signaler les folies du carnaval (de tarnesfolendas).

Si nous essayions de donner une idée de ce qu'étaient ces divertissements à Lima, il y a vingt-cinq ans , on pourrait croire que nous voulons calomnier ses habitants, en les montrant capables de se livrer à certains excès qui, heureusement, ont déjà disparu.

Quelques jours avant le carnaval, la police a soin de publier une ordonnance qui défend de jeter, par les balcons, de l'eau aux passants, de courir les rues sous des travestissements, en menaçant les

infracteurs de châtiments qui ne sont jamais infligés. Les soldats qui composent les patrouilles, et les officiers qui les commandent, sont les premiers qui font l'expérience des effets salutaires de l'ordonnance qu'ils sont chargés de faire exécuter. Il n'y a pas une rue où ils ne soient aspergé plusieurs fois.

On ne voit plus aujourd'hui de ces bandes qui parcouraient les rues, le visage horriblement barbouillé, et la tête semblable à celle de Méduse ou du diable. Les négresses et les zarribos ne s'emparent plus des ruisseaux, pour y jeter les hommes de leur classe, et forcer les gens comme il faut, qui les traversent, à leur payer une contribution s'ils ne veulent être inondés d'eau sale. Toutefois, il n'est guère possible encore de se promener impunément dans les rues et d'échapper à quelques arrosements. Ce qui peut vous arriver de moins désagréable, c'est qu'une éclaboussure d'eau bourbeuse vienne tacher votre habit, tandis que vous vous promenez tranquillement. Estimez-vous bien heureux si un catarrhe, ou une maladie plus grave encore, ne vous envoie pas au lit, méditer à votre aise, dans un repos forcé, sur les délices du carnaval.

Il y a plusieurs sortes de rafraîchissements pendant le carnaval. Les trois principaux sont : la eatarata (1), el geringatorio (2) et la pvoyeccion (3).

Les seûoritas font apporter par leurs bonnes une telle provision d'eau sur leurs balcons, que ces derniers se changent littéralement en cataractes. Les bonnes ne se contentent pas de vous arroser avec une aiguière ou un pot de cuisine; elles vont jusqu'à empoigner des seaux tout pleins, dont elles lancent le contenu de toute la force de leurs bras musculeux.

Les jeunes étourdis qui sortent dans la rue, disposés à s'amuser, vont armés d'énormes seringues en fer blanc el de bouteilles d'eau; au moyen de ce modeste instrument qui ose se montrer publiquement dans ces jours de folie, ils lancent de l'eau aux balcons. Ceux qui ne veulent pas se servir de ce meuble de garde-robe s'en vont

(1) La ca/arti/a (cataracte) consiste à jeter de l'eau par la fenêtre sur les passants.

(2) El gerhujatorio, arrosement à coup de seringue,

(3) La pruyeecion consiste à lancer surtout des œufs, comme on le verra plus loin.

C'itaratn de carnaval

Gerinyatorio de carnaval.

1JMA.

à pied ou à cheval , portant de petites corbeilles, contenant des coquilles d'œufs, remplis d'eau de senteur, de farine ou de petites dragées. Ce dernier système a l'avantage de casser les vitres des croisées, et si les œufs sont lancés par un bras vigoureux, ils éborgnent de temps en temps une senorita ou lui laissent au beau milieu du visage quelque agréable souvenir du carnaval.

Lanzadores de huevos (lanceurs d'œufs).

Enfin ces trois jours de folie sont passés : on a vidé quelques douzaines de bouteilles d'une eau sale et puante, que l'on ose appeler eau de lavande; on a brisé plusieurs centaines de coquilles d'œufs; on a consommé plusieurs litres d'eau-de-vie, et répandu quelque peu de sang, résultat nécessaire des disputes et des rixes qu'engendrent le désordre et la licence. Mais le mercredi des Cendres, tout le monde recouvre sa raison, pour se rappeler que le premier homme a été tiré de \a poussière, que nous ne sommes aussi que poussière el que, tôt ou tard, nous retournerons en poussière. A l'appel de la cloche des églises, les plus enragés carnavalistas entrent modeste-

ment dans le temple, et vont s'agenouiller devant le prêtre qui leur fait au front une jolie croix de cendre. La matrone respectable qui a vu cinquante carnavals croirait, si elle n'avait pas un peu de cendre au front, que le diable viendrait s'installer dans son cœur.

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