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COMPADRES (COMPÈRES) DE CARNAVAL

La coutume d'avoir des compères en carnaval a disparu aujourd'hui parmi les personnes de la haute société. Elle se conserve toutefois dans une certaine classe de gens comme un moyen d'exploitation. L'avant-dernicr jeudi qui précède le dimanche de carnaval, les femmes jettent les yeux sur celles de leurs connaissances dont elles croient pouvoir tirer les meilleurs avantages, et choisissent autant de victimes que le permet le cercle des relations de la coniadrera (commère). Avec une dépense de deux ou trois piastres, ou

Petite négresse portant un regalo de compadraigo (cadeau de compérage).

même à meilleur marché, on organise una tabla de compadres (table de compères), qui consiste en un plateau couvert de fruits, de fleurs et de quelques figurines en terre cuite, façonnées dans le pays. Mais l'emblème essentiel du compadrazgo (compérage), c'est un né-

grito (petit nègre), également en terre cuite, qui porte, plié dans le ventre, un papier, contenant une pièce de poésie, à laquelle on donne le nom de décima (dizain), quoiqu'elle n'ait guère plus de quatre ou cinq vers.

On peut juger par les échantillons suivants, quelle est la divinité qui inspire les poètes qui se consacrent à la composition des décimas de compadruzgo.

Mi querîdo compàdrito De toda mi estimation, Te mando mi corazon, Y tambien este négrito.

Quisiera tener talento Como tengo voluntad, Para hacerte conocer, Con este hermoso négrfto, Mi carino, compàdrito (1).

Ordinairement, la présentation de ce cadeau produit sur le compadre l'effet d'un coup de bâton perfide. Si la personne ainsi honorée n'a pas de grandes ressources, elle se trouve dans le plus grand embarras, et se prépare à renvoyer la tabla (le plateau) le jeudi suivant. Comme on connaît bien le but du compadrazgo , et que, d'un autre côté, l'amour-propre joue aussi son petit rôle dans cette affaire, on ne peut guère se refuser à envoyer, soit un coupon d'étoffe pour une robe , ou quelque autre objet qui vaut dix ou vingt fois plus que le cadeau qu'on a reçu de la comadrera.

Il est de rigueur qu'une négresse qui porte son dizain soit aussi bien attifée que celle de notre gravure.

(I) Mon cher petit compère

[)ae j'estime de toute mon àme, Je t'envoie mon cœur Et ce petit nègre aussi.

Je voudrais avoir un talent

Aussi grand que mes désirs,

Pour te faire connaître,

Avec ce joli petit nègre,

Toute ma tendresse, petit compère.

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