EL CARRETONERO (LE VOITURIER
Les nègres qui voulaient embrasser la profession de çarretoneros (voituriers) étaient assujettis aux mêmes formalités et à un code pénal non moins sévère que celui des aguadores. Comme ils avaient besoin d'un capital plus élevé que celui de Vaguador, ils payaient, à litre de média anata, quatre piastres quatre réaux et deux flacons d'eau-dc-vie.
Les cairetoneros s'occupaient spécialement des déménagements pour la ville et la campagne. Il était avéré qu'aucun meuble ne devait arriver à destination sans souffrir de graves avaries. De là naquit le proverbe populaire à Lima : de que très mudanzas de domkilio equivalen d un incendia (que trois déménagements équivalent à un incendie), parce que le meuble le plus solide ne pouvait résister à trois voyages en carreton (charrette de déménagement).
Carretonero (voiturier).
La corporation des carre/n/ieruxse réunissait une fois par semaine, dans le but de traiter des affaires importantes de la corporation. Ce qui donnait lieu à de plus fréquentes discussions, c'était l'élévation du tarif des transports. Il se trouva parmi eux des économistes si intelligents, qu'ils parvinrent à résoudre le problème suivant : « Dans le courant d'une année le carretonero doit avoir réalisé la valeur de la charrette et de la mule, avoir couvert les frais de nourriture pour lui et sa bête, et, la journée payée à son maître, il doit lui rester encore un capital de vingt piastres, comme première mise de fonds pour recouvrer sa liberté. »
Le plus grand nombre des carretoneros , de même que celui des agitadores, des duleeros (pâtissiers), etc., étaient des esclaves qui vivaient hors de la maison de leurs maîtres et disposaient de tout leur temps, avec l'obligation de payer chaque jour tant pour la journée. Cette journée était calculée à raison d'un réal par jour et
par chaque centaine de piastres du prix d'achat de l'esclave. Ainsi un nègre qui avait coûté deux cents piastres payait chaque jour deux réaux pour sa journée.
Beaucoup àejornaleros (esclaves à tant par jour) se libéraient au bout de quelques années, et le premier désir d'un affranchi était de devenir, à son tour, le maître d'autres nègres. On voyait à Lima, il y a vingt ans, une négresse pâtissière ayant quatre esclaves qui la suivaient en portant les corbeilles.
Le châtiment le plus grave que Valcalde des carretoneros infligeait à ses administrés était celui de Varco (l'arc), qui consistait à attacher
Nègre carretonero (voiturier) condamné au châtiment de Vtirca.
solidement le condamné sur les jantes d'une des roues de sa voiture. Quelques malheureux nègres ont perdu la vie dans ce supplice.
La corporation des carretoneros , quoique composée en grande partie de nègres bozales, compte dans son sein des poètes d'un brillant génie; mais ils étaient tous surpassés par un petit nègre, nommé Cayefano, qui ne parla jamais en prose.
Il y a plus de trente ans que nous conservons dans notre portefeuille les notes du dialogue suivant, échangé entre une dame qui allait déménager et Cayelano.
— l&eanto quieres por llevar cada earretada? Combien veux-tu pour chaque voyage?
— Para hacé su mecé c.uentas cabales, Paçjcùd su mecé caiorce reaies.
Pour faire à votre grâce un compte loyal. Votre grâce payera quatorze réaux.
— ? Quiere V. (liez reaies?
Veux-tu dix réaux?..,
— No, sumecé : lo trafo pjesa mucho, Y en ete tiempo la mula esta flacucho.
Non, votre grâce, les temps sout durs, Et en ce moment la mule est bien maigre.
— Vamos , riiez reaies, esta bueno... si no quiere V., veré d otro. Voyons, dix réaux; est-ce convenu?... si lu ne veux pas, je
m'adresserai à un autre.
— Mi amita, duce renies, plecio jija.
Asi eclibio el alcarde la talifa.
Ma petite maîtresse, douze réaux, prix fixe. C'est Yalcalde qui a ainsi réglé le tarif.
— Pero cuidado con ramper nada.
Mais prends garde de ne rien casser.
— No tiene sumecé cudiao, amita, Llecalemo depacio la midi ta.
N'ayez pas peur, ma petite maîtresse, Je conduirai la mule au pas.
Lorsque Cayetano se reposait assis sur les bras de sa carreta el qu'il passait auprès de lui une petite négresse ou une petite zamba, qui attirait ses regards, aussitôt il lui adressait des couplets impro\isés, conçus à peu près ainsi :
Ven, zambita de mi \itla .
Zamlia de mi corazon ; Vamos a dar un paseo Dentro de mi caiTeton.
Si conoces, zamba linda, El amor de un caballero, Ven, zamba, eonoccr.ïs El amor de un carretonero.