‹ LimaChapitre 64 sur 75 · LA LECHERA (LA LAITIÈRE · texte numérisé non relu

LA LECHERA (LA LAITIÈRE

Le panadero ne vend pas de pain, car cet article se vend dans les boulangeries mêmes, et dans différents dépôts.

Le panadero est tout simplement distributeur de pain. Monté sur le dos de sa mule, il se rend dans ces différents dépôts, et dans

Panadero ou repartidor de pan (distributeur de pain).

les maisons appelées caser las (maisons de clients), parce qu'elles se fournissent tous les jours dans la même boulangerie. Le panadero annonce son arrivée dans les maisons , en frappant deux ou trois coups avec les guides sur ses paniers ou ses grands sacs de cuir.

La léchera (laitière) fournit aux maisons de ses clients du lait souvent baptisé.

La léchera (laitière).

La laitière, ordinairement une Indienne, apporte à Lima le lait des haciendas (fermes) assez éloignées. Quand elle arrive devant une maison, elle crie : \la ieche-e! (au lait!).

HELADEROS (MARCHANDS DE GLACES), TISANERAS (MARCHANDES DE TISANES), CHAMPUSERAS (MARCHANDES DE CHAMPUZ), CHI- CHERAS (MARCHANDES DE CHICHA).

Rafraîchir le sang ardent était le premier soin de l'ancienne génération ; quand nous disons l'ancienne , nous ne voulons pas remonter jusqu'à celle de nos aïeux, parce que le sang liménien paraît moins ardent seulement depuis vingt ans; date à partir de laquelle ont presque totalement disparu les personnes chargées de porter les rafraîchissements à domicile.

Il y avait plusieurs sortes de rafraîcliissements et plusieurs manières de rafraîchir les Liméniennes : car nous devons faire observer ici que les senoras éprouvaient plus que les caballeros le besoin du rafraîchissement matinal.

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Alors, comme aujourd'hui, les heladeros (marchands de glaces), qui sont généralement des Indiens de l'autre côté de la Cordillère, parcouraient les rues en annonçant leur passage par les cris : \Eh riqui piftil (bonnes glaces à l'ananas!"), \Y de leitl (et à la crème!).

Indien heladero (marchand de places ambulant).

La bonne qualité des glaces consiste en ce que, si elles sont à l'anaijas, elles n'en contiennent presque pas ; si elles sont à la crème, en ce que le lait n'y entre que comme substance colorante. La propreté du marchand de glaces est en proportion exacte avec sa conscience; car, aussitôt que sa glacière est vide, il la lave soigneusement dans un des ruisseaux publics qui reçoivent, à chaque instant, toute espèce d'immondices. Le heladero ne fournit guère que les gens pauvres, depuis que des établissements propres et bien tenus offrent aux personnes qui s'y rendent des glaces de très-bonne qualité.

La tisaneru (marchande de tisane) et la chichera (marchande de chicha) occupaient le second rang parmi les vendeurs de rafraîchissements. La tisnnera était presque toujours une vieille et grosse né-

Négresse tisanerà (marchande de tisane)

Négsesse ekkliera (marchande de rlUclm).

gresse qui portait sur sa tôle un énorme panier contenant des huguenotes eu terre cuite, remplies de tisane, eau sale, où nageaient quelques fragments d'écorce d'ananas.

La chichera était aussi une négresse vieille, mais maigre, qui portait le précieux liquide appelé chiç&a terrunova, dans une énorme cruche en terre cuite.

Les arcades des galeries qui entourent la place étaient occupées par des marchands de glaces et de rafraîchissements. L'histoire de Lima conservera toujours le souvenir de Na Aguedita, plus célèbre par ses rafraîchissements et ses mazamorras (1) que l'inventeur du télégraphe électrique. ÏÏaAgwdita vendait des rafraîchissements dans

Fresquern (marchande <ie rafraîchissements) el champusera.

la matinée, et le soir elle vendait en outre de la mazamorra morada (2) et du champuz de agrioy de lèche (3). Les bancs de cette mémorable matrone recevaient le meilleur monde de la ville de Lima. Lu chicha

'1 1 Mets très en usage an Pérou, composé de farine de maïs, de miel et de sucre.

(2) Mazamorra morada, mazamorra couleur de mûre ou de cerise.

(3) Champuzde ac/rio y lèche. Champuz (espèce de crème) au jus de ritron et au lai I.

d 'ananas, la chicha de yuindas (de guignes), la horchata (l'orgeat) et l'agita de granadas (eau de grenades), exposées dans d'énormes marmites en terre vernissée et dans de grands vases de cristal, excitaient l'appétit ou plutôt la soif des passants. De combien de galanteries et de conquêtes amoureuses ces bancs ne furent-ils pas les témoins muets et discrets! A combien d'heureux mariages ne conduisit, pas l'invitation à prendre une tasse de champuz de lèche (champuz au lait)!

Mais Na Aguedita n'était pas immortelle; elle mourut, et sa mort marqua l'époque de la décadence du commerce de rafraîchissements.

C'est en vain que d'autres places offraient , sous de petits pavillons de toile bleue ou blanche, des marmites et des cruches remplies de boissons rafraîchissantes; c'est en vain, disons-nous, car ces endroits étaient abandonnés au bas peuple.

Na Aguedita n'eut jamais de tentes ni d'ornements, et cependant, certains soirs, il était aussi difficile d'avoir une place autour de ses marmites que de se procurer des billets pour la première représentation du nouvel ouvrage d'un dramaturge en renom.

L'aristocratie a renoncé aux rafraîchissements en plein air , depuis qu'elle a perdu sa marchande de prédilection.

De nos jours ces fresquerias (glaciers en plein vent) n'existent plus sur la Plaza Mayor : les personnes qui cultivaient cette branche d'industrie sont allées cacher ailleurs leur décadence et leur honte.

La renommée publique attribuait mille qualités salutaires aux rafraîchissements et aux tisanes, mais la chicha terranova était mise au-dessus de tout. C'était un médicament souverain , suivant le peuple, et n'avait de rival que Xèlixir de longue vie. Cependant les chicheras ont disparu : il n'en existe plus qu'une seule , et malheureusement ses quatre-vingts ans passés ne tarderont pas à l'enlever à cette vallée de larmes et de chicha.

FRUTEROS (FRUITIERS).

Les fruits se vendent à Lima dans des boutiques, sur les places du marché et dans les rues. Des marchands ambulants les annoncent avec des cris et des intonations très-variés. La melonera (mar-

Imp Letneraer 8 Ve r.deSeme 5/ Pair

hfelonera ambulante.

chande de melons) parcourt les rues sur un âne ou une mule, en criant : \se va la rrielonëra, là sandillera, la mndillê... la melonév...

Melonera au marche*.

(La voilà partie, la marchande de melons , la marchande de pastèques!), ou bien elle s'établit en quelque endroit pour offrir au public sa marchandise. Dans le premier cas elle ne vend qu'en gros, c'està-dire des melons entiers ; dans le second, elle vend au détail, c'està-dire par tranches.

Dans les vallées voisinse delà capitale, on récolte en abondance la (jranadilla (grenadille), que l'on apporte à la ville et que vendent les Indiennes de ces vallées. Ces Indiennes ne crient pas les granadillas dans les rues; elles entrent dans les maisons, en demandant : 1N0 mercas granddilias? (Vous n'achetez pas des grenadilles?)

Indienne granadillera (marchande de grenadilles).

Le fruitier qu'on pourrait appeler encyclopédique, parce qu'il ne se borne pas à la vente d'un seul article; le fruitier le plus populaire, parce qu'il a des marchandises pour tous les goûts et toutes les fortunes; le fruitier que les petits enfants appellent de tous leurs vœux, c'est celui qui, monté sur un âne, et ayant devant lui deux énormes paniers, vend les fruits des ktrertas (vergers) de la capitale même ou de la baulieue.

La profession de fruitier était autrefois exercée exclusivement par les nègres et les négresses bozales, qui, pour annoncer leur présence et leurs fruits, avaient un chant particulier.

De nos jours les nègres ont été remplacés par les Chinois : mais ceux-ci sont loin d'avoir le chic des premiers pour crier leur marchandise.

Fruitier chinois

Les nègres parcouraient les rues en criant : / Eh fruteel (voilà le fruitier!), \pela\ (la poire!), \pelia\ (la petite poire!) ] canasta llena i (la corbeille pleine!)... ; tamalito de aras! de paquet de raisins!)... } melocotone i (la pèche!)..., etc.

La canasta llena (la corbeille pleine) et le tamalito de uvas (le paquet de raisins) faisaient perdre la tète aux enfants. La première consistait en un panier rempli de peros (espèce de petites pommes) et de petites poires blettes, qu'on vendait pour la moitié ou le quart d'un réal ; et le second, en une grande quantité de grains de raisins détachés de la grappe et enveloppés dans des feuilles de bananier. La vue de la canasta llena et du tamalito de raisins était très-peu appétissante : mais, pour les mnos (enfants), c'était un moment de grande jubilation que celui oii le casera (le fruitier) leur allongeait l'objet deleurs rêves et de leurs soupirs.

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