Conférence internationale de Berlin, p
fabrique. De plus dans ces pays le développement assez tardif de l’industrie leur rendait impossible une lutte à pied égal sur le champ de la concurrence internationale. Nous verrons l'Italie prétendre que ce travail prématuré est Indispensable à ses filatures et à ses soieries en concurrence avec la Chine et le Japon. C'était donc un problème très délicat à résoudre ; une différence de traitements s’imposait.
Mais un obstacle plus sérieux encore se mettait en travers de tout essai de législation internationale. Elle constituait en effet une atteinte à la souverainté des Etats. Etait-il possible d’enlever aux législations nationales une partie essentielle de la vie des peuples pour la soumettre à uneréglementationcosmopolite? Pouvait-on les dépouiller ainsi d’une partie de leurs droits de souveraineté ? Il était au moins bien difficile de faire dépendre les destinées de l’industrie et par suite de la conservation nationale d’une législation supérieure à la nation et indépendante d'elle. Maisle problème le plus ardu était celui de l'exécution des mesures prises. Pour arriver à un résultat une législation internationale devait être nécessairement accompagnée d’un contrôle international. Sinon cette législation unitaire eut pu être appliquée de façon différente par les organes administratifs des divers pays, ici énergiquement, là plus mollement et avec indulgence de sorte que l'égalité de trailement eut été violée et la législation rendue inefficace. L'essentiel en effet dans la législation industrielle, c’est un contrôle de tous les instants à défaut duquel elle reste illusoire. Mais un contrôle international était dans l’état actuel des esprits inacceptable. Les nations étaient trop
jalouses de leur indépendance pour permettre à des gouvernements étrangers d'intervenir à tout moment dans leur organisation économique. C’eut été une source intarissable de difficultés diplomatiques et de conflits. A ce point de vue la question était autrement délicate que celle des diverses conventions internationales (traités de commerce, conventions postale, monétaire) dont l'exécution ne présente pas de difficultés. Toute tentative dans ce sens devait être vaine. Seule la république suisse demanda que les propositions adoptées devinssent obligatoires.
L'action de la conférence devait donc être purement morale. C'était une grande manisfestation en faveur des classes deshéritées, un rappel au devoir pour les gouvernements jusque là indifférents, un encouragement pour les législations plus avancées. Le spectacle des grands Etats européens, réunis non pas pour traiter des affaires internationales de paix ou de guerre, mais pour étudier les revendications des classes ouvrières de tous les pays devaitexercer uneinfluence heureuse. Etde fait depuis 1890 la législation ouvrière fut à l’ordre du jour des parlements européens : Ce fut un résultat moral considérable.