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L INSCRIPTEUR DE LA PAROLE

mieux, la théorie serait restée confinée dans le domaine du vague et de l'a peu près, comme celle qu'expose M. Brugmann à propos des langues indo-européennes (cf. Abrégé de Grammaire comparée des langues indo-européennes, trad. française, § 925).

C'est pourquoi il est à souhaiter que l'enquête consacrée par M. Terracher aux parlers populaires du nord-ouest de l'Angoumois, dans une région où l'intonation de la phrase offre une couleur si particulière, à en juger par le témoignage de l'oreille seule, soit continuée un jour par des recherches expérimentales sur le dessin mélodique de la phrase, si jamais l'auteur entreprend l'étude phonétique de ce domaine qui lui est si familier.

La science n'était pas suffisamment avancée vers 1890 — puisqu'elle se fondait à peine — pour que l'auteur des Modifications phonétiques du langage étudiées dans le patois d'une famille de Cellefrouin {Charente^ ait pu mener à bout ni même entreprendre cette tâche. Mais, des quelques exemples qui viennent d'être donnés, il ressortira sans doute qu'en instituant, comme moyen d'investigation linguistique la méthode expérimentale, dont il est le véritable fondateur, M. Rousselot, romaniste lui-même par les origines et la nature de ses premiers travaux, a rendu au romanisme le plus signalé des services. Il a mis dans la main des linguistes un instrument qui leur permet d'appliquer la méthode comparative avec une rigueur et une précision inconnues jusqu'alors. Il les a incités à tourner leur attention vers des faits infiniment petits à première vue^ mais dont plusieurs ont eu la plus grande influence sur les développements divergents des milliers de parlers qui représentent actuellement le latin. Les Modifications phonétiques du langage est un livre qui fait date dans l'histoire de la linguistique générale autant que dans l'histoire du romanisme; et il ne le cède en importance h aucun des trois ou -quatre ouvrages capitaux sur lesquels est fondée

la linguistique moderne. Si quelques dialectologues, romanistes ou non, ont produit dans la suite quelques travaux de valeur, ils n'ont pu trouver ailleurs un plus parfait modèle de précision et de finesse dans l'observation scientifique, en même temps que de profondeur et de réalisme dans la conception des théories. On a accumulé depuis beaucoup de fatras. Seules les assises pleines et solides dureront.

A partir de 1887 et jusqu'en 1892, ce grand romaniste dirigea la Revue des Patois gallo-romans en collaboration avec M. Gilliéron, qui devait, quelques années plus tard, après s'être séparé de M. Rousselot, entreprendre, avec l'aide de M. Edmont, l'œuvre monumentale qu'est V Atlas linguistique de la France.

Accueilli en France et à l'étranger, particulièrement en Allemagne, avec la plus méritée des faveurs, ce « monumentum aère perennius », comme l'a appelé, avec emphase, mais avec un certain fond de vérité, M. W. Meyer-Liibke dans le Literaturhlatt fur germanische tmd romanische Philologie (juin 1902), a pu être publié en entier grâce à l'intervention infinin"kent puissante de l'initiateur des études romanes en France, Gaston Paris.

Depuis l'achèvement de Y Atlas, M. J. Gilliéron, qui, par sa préparation primitive, par son œuvre antérieure, enfin par l'appui du maître, se rattache lui aussi au romanisme — j'entends au « romanisme vieux-jeu » dont médit son école — poursuit la publication d'études de géographie linguistique, soit seul, soit avec des collaborateurs qui semblent n'avoir eu qu'une part restreinte dans le fond de l'œuvre commune.

Dans ces études, M. Gilliéron s'applique non seulement à donner une interprétation des documents recueillis dans son Atlas, mais encore à renverser et à fonder sur de nouvelles bases Tétude des parlers gallo-romans. Et ih va sans

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