‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 9 sur 149 · DOCUMENTS ORAUX · texte numérisé non relu

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générale (Paris, 19 lo) ou même par M. Grammont, dans un article de vulgarisation publié en 19 12 {Phonétique historique et phonétique expérimentale in Scientia, XII, 2^, 4, p. 78 suiv.), suffiront à éclairer les personnes qui ne seraient pas au courant de la question.

Quelques auteurs se sont singulièrement exagéré la portée de la méthode expérimentale. M. F. Boillot dans son Patois de la commune de la Grand' Combe, 1910, p. iv, assure que la phonétique expérimentale est capable de nous révéler directement l'état ancien des langues et de nous faire remonter de proche en proche jusqu'à " l'idiome primaire, l'indo-européen ». Ce n'est, hélas ! qu'un beau rêve. La phonétique expérimentale est impuissante à rendre aux langues leur figure ancienne, et si parfois elle conduit à la reconstitution d'états disparus, ce n'est que d'une manière indirecte et par voie d'hypothèse, en nous permettant d'inférer un état passé d'un état actuel. Elle n'est qu'imparfaitement équipée s'il s'agit d'atteindre la dynamique du langage. Au contraire elle triomphe dans l'exposé statique. Elle fournit les indications les plus minutieuses sur certains détails phoniques dont elle permet l'enregistrement en les transformant en valeurs définies, soumi e au calcul mathématique.

La précision des renseignements fournis par la phonétique expérimentale sur une langue donnée permet de porter à son plus haut point de perfection la méthode comparative. La connaissance exacte de la statique de plusieurs parlers est la meilleure base sur laquelle on puisse asseoir, par le moyen de la comparaison, une bonne théorie de la dynamique. Parfois même, en dehors de la confrontation de parlers différents, la comparaison des variantes successives obtenues dans un même parler où certains faits sont en voie d'évolution, est des plus instructives, lorsqu'il s'agit d'établir les lois et de définir les procès des changements phonétiques.

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La plionéiique expérimentale, quoi qu'en aient dit certains détracteurs, est tout aussi précieuse pour l'étude des patois que pour l'étude des langues littéraires. L'emploi du palais artificiel a permis par exemple d'étudier dans certains patois landais l'évolution du yod vers la mi-occlusive palatale sonore (v. Et. dial. larid., p. 175-176) contrairement à ce qui est affirmé dans Modem Janguage notes (juin, 191 1, p. 2 du compte rendu, note 7).

La série des quatre palatogrammes que nous reproduisons ici à titre d'exemple (fig. i) représente, d'après des expériences faites sur un seul sujet, les principales étapes que le y a parcourues pour aboutir à v.

Fig. I. — Évolution de v vers v en landais. Les parties ombrées représentent les contacts de la langue.

Dans hi\n c labourer » (i), le y intervocalique demeure fricatif. Dans yayÇné) « jaune » (2), !e y, rendu plus intense par sa position à l'initiale, tend à devenir occlusif : le dos de la langue s'élève ; le canal se resserre : dans une première variante (pointillé), l'occlusion est imminente en avant et en arrière de l'ogive palatale, mais elle n'est pas réalisée ; dans une autre variante (partie ombrée), l'occlusion se produit en arrière de l'ogive palatale. Dans yaïc « jars » (3), l'occlusion a lieu, en avant, dans la région prépalatale. Dans \œiiiê « gemme » (4), la mi-occlusive est parachevée avec double contact en avant et en arrière.

Le même ouvrage fournit une collection instructive de n en position finale. Deux types d'articulations sont en

PHONÉTIQUE EX-PÉRIMENTALE

présence : A p. 8, f. 9 dînï <C bonum ; 64 f. 5, 6, 9, 10, II hin <C vînum ; 48 f. i, 2 pin •< pînum ; 13, f. 10, 11 kan < canem ; 44 f. 10-3 pan •< panem ; 35 f. 13-4 7nan <C manum. — B p. 39, f. 15-6 niun < montem, 50 f. 7, 8 /)?m ■< pontem, 64 f. 14-é ; 65 f. i, 2 /'m •< *vinti; 52, f. 9 Âwî <C quando, 3 f., 4, 5 rt!« •< annum ; 24 f. 13-5 hin <i fontent, etc., etc.

Les quatre palatogrammes de la figure 2 ci-dessous, pris comme exemples, montrent l'opposition nette qui sépare dans les parlers landais actuels l'articulation de Yn et de \'n.

'FiG. 2. — L'tt vélaire et l'w alvéolaire en landais.

Pour la première, l'occlusion buccale s'établit en arrière, avec la partie postérieure de la langue. Elle est plus reculée pour Vn après u : tun < bonum (3) que pour Yn après / : bin <C vlnuni (i) : après n, l'occlusion a lieu dans la région du voile du palais, en dehors des limites de la figure; après /, l'occlusion se fait dans la région du palais dur, et cette particularité se comprend aisément, étant donné l'influence que la voyelle exerce sur la consonne. Pour Yn alvéolaire, l'occlusion buccale se produit en avant, avec la partie antérieure de la langue, et la nature de la voyelle précédente n'influe guère sur la place du point d'articulation : bin ■< *vinti (2), hun <C fontem (4). La netteté significative de ces tracés montre tout le parti que les linguistes explorateurs, étudiant des parlers vivants, peuvent tirer du palai.s artificiel, lequel permet de vérifier sur le vif et d'une façon tangible les lois de. linguistique

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historique que les « romanistes vieux-jeu » ont posées relativement aux évolutions de l'w finale en gascon (v. Ducamin, Annales du Midi, VII, 337), lois qui apparaîtront, à qui y regardera de près, conformes à la théorie de Vn « caduque » formulée depuis longtemps par les provençalistes de la vieille école.

Plus encore que le palais artificiel, les tracés pris à l'inscripteur de la parole sont fertiles en enseignements dont la linguistique historique peut faire son profit. Il est douteux que, sans le secours des tracés graphiques, M. Maurice Grammont ait jamais réussi à découvrir l'existence en français d'un accent supplémentaire d'insistance, indépendant de l'accent tonique, et caractérisé moins par une augmentation de l'intensité et de la durée de la syllabe insistante que par un accroissement insolite de la durée et de l'intensité de la consonne par laquelle s'ouvre cette syllabe : Oest éT^oiivantable ! C'est dégoûlmit ! (Grammont, Traité pratique prou, fr., 139, suiv.). Jusqu'alors les linguistes s'étaient contentés de signaler un « déplacement d'accent » ou la présence d'un « accent supplémentaire » portant sur la syllabe initiale du mot, si cette syllabe commence par une consonne (c'est dégoûtant^, et sur la syllabe suivante, si la première commence par une voyelle (c'est éT^OUiantable^. Les graphiques, en permettant la mesure rigoureusement quantitative des voyelles et des consonnes, ont conduit l'expérimentateur à pénétrer la nature intime, du phénomène.

Qiiant à l'étude du mouvement musical de la phrase et des variations de hauteur concomitantes avec les variations syntaxiques, les résultats précis obtenus, pour le français, par M. Grammont (Traité pratique de prononciation française, 2" éd., 151-94), pour l'espagnol, par M. Navarro Tomds (Manual de pron. esp., 164-87) et par d'autres encore, auraient-ils jamais été atteints sans le secours des appareils ? De toute évidence, et en mettant les choses au

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