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CRITIQUE DU SECOND POSTULAT

en latin vulgaire rend parfaitement compte de pareilles difficultés. Elle explique à merveille la répartition des aires lexicologiques de la carte « oublier » (Et. g. liiig., carte I). Sans que nous contestions l'interprétation donnée par M. Gilliéron de la forme désoublier, ne saute-t-il pas aux yeux que deux au moins des composés divers de memorare, cogitare, oblitare, ont dû être employés plus ou moins indifféremment en gallo-roman ?

Il y a eu de tout temps des parlers locaux ayant exercé plus ou moins d'influence sur les langues communes, fait qui se vérifie en particulier pour le latin (cf. Ernout, Les éUments dialectaux du lathi).

Il y a eu de tout temps « des esprits cherchant des expressions neuves » (Et. géog. ling., 113).

Il y a eu de tout temps — du moins en Occident — des mélanges de castes, de classes sociales, et par conséquent des contacts de vocabulaires différents.

Il y a eu de tout temps des termes d'argot et de jargons spéciaux.

Il y a eu de tout temps des vocables synonymes ou plus ou moins « approchants ».

Il y a eu de tout temps, surtout dans les parlers populaires, des flottements dans là propriété des termes. « Entre toutes les diff"érentes expressions qui peuvent rendre une seule de nos pensées, il n'y en a qu'une qui soit la bonne : on ne la rencontre pas toujours en parlant ou en écrivant »..., a dit La Bruyère, qui visait un miHeu social particulièrement cultivé et raffiné.

Si par conséquent on est bien obligé d'admettre que les choses se sont passées pour le latin à l'époque de la romanisation du monde ancien, comme elles se sont passées partout et se passent encore journellement dans tous les domaines linguistiques, on se refusera à accepter le postulat de l'unité lexicologique du gallo-roman et à plus torte raison du roman commun.

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Ma\s (:\udra.-i-i\ ipso fado renoncer à toute spéculation de nature scientifique sur les mouvements des vocables dans le domaine roman ? La géologie lexicologique fondée sur la répartition actuelle des aires lexicales est-elle une doctrine vaine ? Nous ne le pensons en aucune manière. Nous nous bornerons à rabattre un peu de ses prétentions au titre de « science exacte ».

Dans le domaine des sciences sociologiques, il n'y a guère de science exacte possible au sens propre du terme. Les résultats qu'on y obtient peuvent présenter toutes les garanties de certitude et de rigueur logiques, ils sont bien rarement susceptibles d'une démonstration « mathématique «. Et, s'il était permis de parler d'une telle démonstration, ce serait en matière de phonétique plutôt que de lexicologie ou de sémantique qu'on pourrait le faire, car dans la phonétique bien plus qu'ailleurs la part d'invention individuelle est réduite au minimum (cf. Meillet, Ling., 75).

Dire que les points où apis s'est conservé jusqu'à l'époque actuelle aux quatre extrémités de la Gaule, ne sont que les affleurements d'une couche unique, qui autrefois s'étendait de Boulogne à la Gironde, de Guernesey aux Alpes fribourgeoises, ce n'est pas énoncer une proposition mathématiquement démontrable. On énonce une probabilité à coup sûr très forte, mais n'ayant en aucune façon le caractère d'une vérité absolue. En disant que clavellus a remplacé dans la Gaule méridionale un ancien clavus, de telle sorte que l'homonymie Maiis <C clavus, clavis a pu y être évitée, on émet une opinion très vraisemblable, mais qui se dérobe à la preuve géométrique.

Nous devons nous abstenir avec soin de donner aux propositions de la lexicologie géographique une portée trop absolue. Quand on parle d' « aire clavellus », d' « aire clavus », il faut bien se garder d'entendre par là que, aux siècles de la romanisation, non seulement clavus ait été

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inconnu dans la première de ces deux aires, mais encore inversement que clavellus iLit toujours été ignoré dans la seconde. Il est indubitable quepartotit clavus etclavelhis ont été proférés journellement d'une manière plus ou moins fréquente, peut-être par les indigènes fixés à demeure dans chacune des deux aires, du moins à coup sûr par une partie plus ou moins considérable de population flottante.

Et il en a été de même selon toute vraisemblance pour apis et apicuJa.

Dussions-nous fiiire pousser les hauts cris à la Géographie linguistique, nous avançons hardiment que, dès le début, apicula a dû voler de bouche en bouche à l'intérieur de la zone septentrionale où apem a été tout d'abord la forme prédominante.

De sorte que chacune des deux formes en présence a eu, du moins à un moment donné, dans chacune des deux aires, une existence plus ou moins marquée, ou plus ou moins latente, favorisée, ou inversement contrariée, par l'influence d-'idiomes directeurs. C'est l'action de ces par- 1ers socialement supérieurs, qui explique le recul d'une des formes en présence et l'établissement progressif des aires actuelles, qui appellent d'ailleurs une observation analogue à celle que nous venons de présenter à propos des vieilles aires clavus ou apis.

De la dispersion moderne des quatre aires apis à la périphérie du domaine gallo-roman septentrional, on ne peut « mathématiquement » conclure à l'existence d'une aire primitive et géographiquement continue où apis aurait exclusivement régné en maître, avant d'être supplanté par les formes concurrentes.

Ces quatre aires peuvent tout aussi bien représenter les reliques d'une forme apis, disséminée en des zones plus ou moins importantes et discontinues dans toute la région centrale, d'où elle aurait été balayée par des parlers influents, qui l'ont moins facilement atteinte cà la périphérie.

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