‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 104 sur 149 · DEFINITION DE L ETYMOLOGIE · texte numérisé non relu

DEFINITION DE L ETYMOLOGIE

au monde ? Et aurions-nous le plaisir de savourer les pages plus qu'ingénieuses que l'auteur de la Faillite a consacrées à ce mot ?

Oui, répond M. Gilliéron : fermer serait né de toute manière. Car, sachez-le, jermer ne vient pas de flrmare ; fr. mod. fermer vient de fer ; a fermer n'est p2s firmare : c'est un dérivé de ferrum » ^Faillite, 12). « Il serait faux que, dans un dictionnaire de la langue moderne, fermer « clore » fût rattaché étymologiquement à autre chose qu'au mot fer » (ib., 113).

Il s'agit pourtant de s'entendre. La science, en particulier la science du langage, est en grande partie affaire de définition.

Tout à l'heure nous voyions le mot « étymologie » pris dans un sens très général au lieu du sens particulier que nous prétendons lui conserver. Mais à cela il y avait une excuse. C'est que pour connaître « le sens primitif », « l'origine » enfin d'un mot existant à une certaine époque, il faut être sûr de la filiation de ce mot, c'est-à-dire qu'il faut remonter de proche en proche pour établir que la combinaison d'un sens donné avec une ou plusieurs syllabes données, existant à une date donnée, n'est que la continuation à travers le temps et à travers l'espace d'une combinaison analogue ayant existé à une date antérieure.

Mais quand on nous dit que fr. mod. fermer est un « dérivé » de ferrum, nous avouons ne plus comprendre.

Ou plutôt nous comprenons trop bien. Nous comprenons qu'on brouille à plaisir deux notions qu'il importait de tenir distinctes : d'une part la notion du contenu du mot ou de la signification du mot, d'autre .part la notion du contenant, c'est-à-dire de la forme matérielle du mot. Adonné aux doctrines spirituaiistes, comme nous l'avons vu, l'auteur de la Faillite fait bon marché de la matière. Il ne s'attache qu'à l'idée. Le mot « dérivé » a en linguistique un sens matériel qu'il oublie ou feint d'oublier.

372 XII. LE PROBLEMF. HTYMOLOGIQ.UE

Car enfin, pour revenir à notre point de départ, nous ne pensons pas que la Faillite de l'étyiiiologie phonétique doive être considérée comme un livre visant à la négation même de l'étymologie phonétique. On ne veut pas nous prouver que fr, ouïr par exemple ne soit par la continuation de lat. auiiire, après transformation des phonèmes suivant les lois déterminées. On veut nous dire qu'il se produit à certains moments de la vie des mots une altération du « contenu psychique du mot «, de sa forme intérieure «, de 1' « innere Sprachform », comme disent les philosophes d'Outre- Rhin, altération telle que, dans les syllabes qui constituaient autrefois le mot et qui continuent à être proférées avec de plus ou moins graves modifications par les sujets parlants actuels, il ne reste rien du contenu ancien. On veut nous dire tout simplement que, la signification du mot s'étant totalement renouvelée, il est en définitive né un mot nouveau.

On veut nous dire enfin que la « faillite » de l'étymologie phonétique, c'est la disparition du sens étymologique, defectus etymi, et son remplacement par un nouveau sens: « étymologie II. » Et, comme tout ici-bas est un perpétuel recommencement, à l'étymologie II succèdent ou peuvent succéder des étymologies III, IV, etc.

Telle est, si nous l'avons bien comprise, la doctrine exposée dans la Faillite. Elle n'est point si révolutionnaire dans le fond qu'elle veut bien le paraître dans la forme.

De tout temps à peu près les linguistes ont parlé de^- « changements de sens », de « disparition de sens », et de « naissances de signification nouvelles ». Voilà beau temps aussi que Ton connaît 1' « étymologie populaire », phénomène notable, auquel l'auteur de la Faillite accorde certainement une importance considérable, peut-être même exagérée.

L'étymologie populaire serait, selon M. Gilliéron, une

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