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LE RÉALISME DES NOUVEAUX ÉTYMOLOGISTES

évident d'une collision phonétique ancienne : « Cette unicité thérapeutique dans une trinité lexicale synchronique..., ajoute-t-il (^Abeille, 182), fait de notre hypothèse une certitude. »

Une formule semblable est à coup sûr énergique dans sa concision barbare. Mais ce n'est qu'une formule, et elle laisse intacts les caractères spécifiques des trois objets considérés. La « mathématique » peut en faire ce qu'elle veut : ils restent tels que les ont faits la nature ou la main de l'homme.

Xi l'Unicité, ni la Trinité, ni les conceptions les plus puissantes de l'étymologie « non-phonétique » n'ont le pouvoir de suspendre, comme Josué, ou de hâter le cours du soleil. A lire l'érs-mologie que l'auteur de l'Abeille a consacrée au nom gascon de la violette, et sur laquelle il est revenu au moins à deux reprises différentes {L'aire I' clavellns^y, 7 ; Abeille, 241-é), on croirait que la géographie linguistique dispose à son gré du cours des saisons.

Brioulette au lieu de bioulelte, avions-nous dit dans nos Etudes de dialectologie landaise (p. 42), doit son r à une anticipation phonétique de 1'/, comme, dans le pays, Buglose devient Bniglose, Ka^.iiûla devient Kraninkla, biiulè devient briiolé, etc.

Ces phénomènes d'anticipation, plus ou moins combinés avec la dissimilation, et proches parents de la métathèse (cf. R. L. i?.,LX, 149), ne sontpas raresdans les domaines béarnais et gascons, et sont comparables aux phénomènes de '< Vorklang » qui ont été observés en portugais, langue quia plus d'un point commun avec le gascon ou le béarnais, ainsi que chacun sait : ar7iiu~ello <C bamicellu, barboléta <C papill- -f -ïtta, borcêlo<C biicella, crasiello <C castello, estralo vulgaire pour esialo, estropalho <i stuppaclu, frascal <ifascal, pedrestal vulgaire pour pedestal, Trécula ■< Técola, le pendant du landais Bniglose (v. Cornu, Portug. Sprache, § 158), et^-

Ce sont là phénomènes phonétiques naturels, dont il y a des exemples dans d'innombrables idiomes. Pour le galloroman, cf. corffre dans le Registre de Revin, en 1^98, (Bruneau, Plmt., 338), forme dans laquelle la dissimilation de la vibrante anticipée n'a pas eu lieu. Mais on trouvera pour le domaine italien, en particulier pour le corse, des cas parallèles à ceux du portugais et du gascon (cf. Salvioni, Rend. ht. Lomb., XLIX, 838).

Nous ajoutions à propos de gasc. briouktte « violette » que l'analogie, purement formelle d'ailleurs, du verbe briula et de l'adjectif brin avait pu aider à l'insertion de IV (op. cit., 42, n. 7).

A en croire M. Gilliéron (Abeille, 246), notre explication ne vaut rien: « Les savants étymologistes qui font de brioitlette un mot à « phonème additionnel »se sont trompés » ; le peuple est un étymologiste plus avisé : dans une région où avril est abriu, la briuléte n'est autre chose qu'une avrillette. « L'assiette géographique..., conclut l'auteur de ï Abeille, fait de notre interprétation une certitude mathématique » (ib.).

Voilà encore la mathématique sur le tapis ! Et certes un géomètre qui vit dans l'abstraction, sera peut-être excusable de méconnaître les faits palpables de la vie courante. Et nous en dirons autant des « romanistes », puisqu'il est entendu qu'ils ne voient pas plus loin quelemurde leursdictionnaires. Mais commentun lexicologue, qui se targue d'être un grand réaliste, peut-il affirmer que, dans le midi de la Gaule, la violette soit une fleur d'avril? Comment un géographe peut-il confondre le climat du sud-ouest de la France avec celui de la Scandinavie ? Dans mon jardin, j'ai cueilli cette année les premières violettes en décembre et les dernières en mars, terme ultime.

Loii dimenge d'eras briuletes signalé par Lespy (Dict. béa m., s. v°)à Oloron, qui est à l'orée des montagnes, et où la floraison retarde plutôt sur celle de la plaine, se place « le

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