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ETYMOLOGIE HT GÉOGRAPHIE

Et, si quelques-uns ont tort de mépriser l'étymologie phonétique comme s'exerçant dans un domaine purement matériel (Faillite, 63), s'ils accordent à l'étymologie populaire une importance qu'elle n'a certainement pas (voir les justes observations de F. de Saussure, Ling. gén., 24/] suiv.), il n'en est pas moins vrai que l'étymologie populaire a une existence qui n'est pas négligeable comme principe créateur de mots tout aussi bien que de significations nouvelles.

Le malheur est que dans ce domaine la fantaisie individuelle des linguistes peut s'exercer à peu près aussi librement que la fantaisie anonyme des groupes sociaux au sein desquels se produisent spontanément les faits de ce genre. Dans des recherches d'étymologie phonétique, des formules de correspondance rigoureuses sont un point de départ solide qui conduit à des notions vérifiables. Les ressemblances apparentes ou fortuites sont exclues, duant à l'étymologie populaire, elle est proprement du ressort de la « poésie » : la vérité ailée se dérobe. Et quand l'imagination du savant se lance à sa poursuite, la science court des hasards.

EÇsyuer <C aestitnare s'est-il vraiment confondu en français littéraire avec aÏDier ■< amaie (Abeille, 267) ? C'est-il mer (\Vi\ explique qu amarrer est un verbe « ne se rencontrant qu'au bord de la mer » (ih., 223) } Friser vient-il de ]rire, par une extension bizarre des temps de ce verbe conjugués avec une ^radicale (^Faillite, 37) ? Les raisons qu'on nous donne à l'appui de ces étymologies n'entraînent pas la conviction. Et l'on peut lire les objections très fortes que certaines d'entre elles ont suggérées à M. L. Clédat : R.phil.fr. xxxiv, 1-3 1.

Seule la méthode géographique, par la combinaison des principes de superposition et de configuration des aires, serait en mesure de fournir des preuves irréfutables pour les fiiits de ce genre. Il faut seulement regretter que les documents géographiques soient encore si clairsemés,

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puisqu'il est tant de mots dont on ignore la distribution géographique, et puisqu'il est tant de régions où les cartes linguistiques font totalement défaut.

En dehors du domaine de l'étymologie populaire, où elle est à peu près la seule pierre de touche qui permette de distinguer dans le fatras des théories saugrenues la vérité de bon aloi, la géographie est un auxiliaire précieux là même où il s'agit de découvrir cette « étymologie phonétique » indispensable quoique tant décriée. Que valent, sans la géographie phonétique, les étymologies les plus vraisemblables du point de vue sémantique et que détruit un bref examen phonétique fondé sur la géographie ? Que fr. eps « abeille » ne représente pas lat. apes, c'est ce contre quoi proteste la vraisemblance à la fois sémantique et phonétique. Et pourtant la géographie nous enseigne de manière irréfutable (^Abeille, 31, suiv.) que eps n'a rien a voir avec apes, étant une forme authentique de wespa.

L'établissement d'une vérité de ce genre n'est-il pas à proprement parler du domame de « l'étymologie savante »? On reproche à l'étymologie phonétique d'être une science morte. Mais, sans elle, les explications erronées de « l'étymologie populaire » ne risqueraient-elles pas de devenir bien vivantes ? On veut établir je ne sais quelle prééminence de celle-ci — science « biologique a — sur celle-là, que l'on considère comme étant d'ordre fossile.

On pense avoir fait une grande découverte en distinguant les faits lexicaux qui relèvent de la vie propre aux idiomes néo-latins et ceux qui remontent à l'époque de la romanisation (Terracher, BSL, xix, 231). Si cette distinction tend seulement à exiger qu'il soit tenu un compte exact de la chronologie des faits, nous l'approuverons sans réserve. Mais si elle doit avoir pour conséquence, contrairement à toute vérité historique, de reporter dans le présent l'origine de fliits dont le développement appartient manifestement au passé, nous disons : halte-là !

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