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ETYMOLOGIE ROMANE ET LATIN

Tous les mouvements sémantiques, collisions homonymiques, étymologies populaires ou autres, qu'on nous présente comme ayant entraîné dans le midi de la France d'une part la disparition de capilhmi (^Abeille, 224, n.), d'autre part l'apparition de habél dans le sens d' « épi », ne sauraient empêcher que, dès l'époque latine, un dérivé de capiit apparaît avec ce sens d' « épi ».

Se fondant sur une interprétation particulière des faits géographiques, M. Gilliéron {Et. g. ling., 13e) hésite à faire remonter la naissance de Jx^abél « épi » à une époque antérieure à « la décadence déjà ancienne de « kabél « cheveu ». Le mot kabél « épi » serait un vocable récent, création de parlers ayant à se défendre contre l'homonymie de spinam confondu avec spicam.

On admire donc la vitalité des parlers méridionaux qui ont remédié à la gène résultant de cette confusion, et l'on méconnaît la vitalité du latin qui, pour une raison ou pour une autre, avait déjà capitiduin dans le sens d' « épi » : Pline, Nat. 24, 173 : herbae impiae capitula : cf. encore 104 ; 26, 108 ; 27, 36, etc.

Que conclure de cet historique, sinon que capitulnin « épi » vivait dans le sud-ouest de la Gaule d'une vie plus ou moins latente à côté de spicam « épi »? Il a fallu l'accident phonétique qui a confondu plus ou. moins réellement ce mot avec spinam pourdévelopper et généraliser dans cette région l'emploi de capitiiluni dans le sens d' « épi ».

L'étude des textes, en particulier celle des textes latins, est donc non moins indispensable à l'établissement de la vérité étymologique que l'examen des conditions géographiques dans lesquelles se trouvent les mots considérés.

L'explication qui tire fr. ep{s') « abeille » de wespa ( « étymologie phonétique » ) ou land. kciivU « creux du sillon » de cav(am^ X calare ( « étymologie populaire » ) sont deux explications sûres, dont la preuve est faite par la géographie linguistique. L'étymologie qui tire fr. Aliboron

396 XIH. LE PROBLÈME MORPHOLOGIQ.UE

du grec kWé'^^opo^ est une étymologie non moins sûre, et dont toute la certitude est fondée sur des rapprocliements de textes irréfutables.

Qu'il s'agisse d'étymologies populaires ou d' « étymologies savantes », c'est toujours 1' « étymologie » qui est en jeu, c'est-à-dire la recherche du « sens véritable et de l'origine des mots ». Et le moyen le plus propre à nous guider dans cette recherche est le même que nous avons préconisé pour l'étude des questions d'un autre ordre : la convergence des méthodes.

Il n'y a pas conflit entre l'étymologie populaire et l'étymologie phonétique. Ce sont deux aspects différents sous lesquels peut se présenter un seul et même problème, celui de l'origine des mots. Nous devons toujours examiner ce problème tour à tour sous chacun de ces deux angles. Ramener tous les faits à l'étymologie phonétique ou vouloir tout expliquer par l'étymologie populaire, ce serait se mettre au fond d'un puits pour mieux observer le ciel.

Le problème morphologique est en connexion étroite avec le problème étymologique. Deux éléments sont en présence : l'un phonétique, l'autre analogique. L'analogie dans les questions morphologiques joue un rôle comparable à celui de l'étymologie populaire dans les questions d'étymologie.

F. de Saussure {Ling. gén., 244-7) ^ voulu opposer entre eux les principes sur lesquels reposent l'analogie et l'étymologie populaire. Selon lui, l'apparition d'une forme analogique suppose toujours chez le sujet parlant l'oubli

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