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MORPHOLOGIE ROMANE ET MORPHOLOGIE LATINE

toute sa classification et son argumentation de la méthode géographique, laquelle, réduite à la comparaison de vocabulaires et de grammaires, est d'ailleurs tout à fait imparfaite ; et le résultat d'une étude de ce genre, en dépit du mérite de l'auteur, n'est pas brillant (v. BSL, XXII, 136).

Mais, pour suivre le développement morphologique d'un idiome roman, que ce soit un parler populaire ou une langue littéraire constituée, une simple comparaison géographique de faits modernes serait à proprement parler dérisoire. Sans doute il faut se garder de passer directement du latin dans le parler considéré sans souligner le fait qu'une cassure de plusieurs siècles sépare les formes des deux idiomes. Mais enfin, même dans le cas où il est impossible de restituer avec certitude les étapes intermédiaires, mieux vaut encore présenter des hypothèses, à charge de les vérifier par d'autres moyens, que de négliger délibérément le point de départ, à savoir la morphologie du roman commun.

Il est bien entendu que le système morphologique du roman commun n'est pas capable d'expliquer directement les systèmes morphologiques en vigueur dans les parlers romans. Il serait vain de vouloir juxtaposer tout ou partie de ceux-ci à tout ou partie de celui-là, dans la pensée qu'une coïncidence pourrait être établie. Selon l'observation de M. Meillet ÇLiiig., 297), la morphologie d'un parler roman est constituée par un nombre relativement restreint de types morphologiques continuant directement des types latins et par un nombre en général supérieur de r\'pes de création romane et qui se sont formés à l'aide d'éléments tirés plus ou moins directement du latin.

Mais cette distinction très juste n'implique pas qu'il y ait, pour exphquer le roman, un avantage quelconque à abandonner la méthode qui part du latin, et à adopter la méthode inverse

La distinction établie n'a en définitive de valeur que du

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point de vue chronologique, puisque les innovations romanes ne sont en principe que la continuation plus ou moins médiate du latin. Formuler une distinction de ce genre, c'est simplement constater qu'il y a des différences de date dans l'introduction des types morphologiques, et il n'est pas niable que cette question de date n'ait une grande importance pour la connaissance du développement des systèmes morphologiques romans. Mais le problème chronologique ne peut supprimer les autres problèmes que pose la formation de ces systèmes. Ce n'est qu'un aspect particulier d'une question générale.

De toute manière, la connaissance du point de départ latin est indispensable. Car s'il est vrai que les langues, en se propageant dans des domaines nouveaux, tendent à simplifier leur système morphologique (Meillet, Lirig., 201), si le latin par exemple, devenant la langue de populations celtiques, ibériques, etc., risquait de perdre, et a perdu en réalité partiellement au moins, la variété primitive de sa déclinaison ou de sa conjugaison, ce n'est pas une raison pour se refuser à partir du latin, quand il s'agit d'étudier et d'exposer les faits romans. Le plus a des chances d'expliquer le moins, puisqu'il l'englobe. Et la réciproque apparaît fausse à première vue.

Quant aux innovations romanes telles que la formation du futur analytique, du passé composé, du passif, etc., du moment qu'elles supposent elles-mêmes des extensions et des combinaisons d'emplois existant au moins en puissance dans le latin, elles gagneront, elles aussi, à être étudiées en fonction de leur première origine commune.

Cette façon de procéder est d'autant plus utile que plusieurs formations romanes non attestées en latin classique, mais de nature à être posées par induction dans le roman commun, n'en remontent pas moins par conséquent jusqu'aux siècles même de la romanisation des pays de langues néo-latines.

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