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MORPHOLOGIE ROMANE ET MORPHOLOGIE LATINE

La forme illoniin, employée comme pronom per.-onnel tonique après une préposition, n'est pas attestée seulement en italien a loro, di loro, per loro. Il y en a des exemples nombreux en vieux provençal en lor « en elles » (Appel, Chresl., 17, 26, etc.), en vieux gascon per lor {Rec. a. t. /., 12, 4, etc.). Elle est courante en bourguignon et en franccomtois au xiii^ siècle, a lour, de lotir, entre loiir (Gôrlich, Barg. Dial., i2-(), en lorrain, par exemple dans les chartes de Remiremont. et elle persiste dans une partie des patois lorrains actuels des Vosges méridionales (Bloch, Fo., 172-3).

Une telle distribution géographique semble indiquer que le développement de cet emploi de illonini ne date pas d'une époque postérieure à la séparation des idiomes romans. En effet, dans l'hypothèse contraire, comme il est peu croyable qu'il ait existé une unité linguistique italienne, provençale, gasconne, franc-comtoise, bourguignonne et lorraine, indépendante, à un moment donné, des autres unités linguistiques existant dans le monde roman, il faudrait admettre que l'innovation ayant donné naissance à per loro, per lor, etc., s'est produite spontanément et indépendamment dans ces divers domaines, et cette explication, admissible à la rigueur, n'a pas pour elle la vraisemblance.

Par conséquent, la question de l'unité du latin vulgaire se trouve posée une fois de plus dans le domaine de la morphologie, comme dans celui delà lexicologie ou de la phonétique. Il n'y a aucune raison nous empêchant de supposer l'apparition de illoruiii avec sa valeur morphologique nouvelle dès la période du roman commun. De tous temps, iHoruin a été une forme phonétiquement plus pleine que illos ou mis. L'utilité d'une forme plus étoffée devait se manifester dès une époque ancienne : per illorum a pu coexister 3.vec per illos dès la période romane commune. Logiquement il est impossible de concevoir qu'une innovation de ce genre puisse se produire sans qu'il y ait eu à un moment donné coexistence des deux formes, la torme

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ancienne et la forme nouvelle, car on ne saurait admettre la substitution brusque de celle-ci à celle-là. Que la coexistence se soit produite à l'époque romane, indépendamment dans chaque idiome, ou au contraire dès le roman commun, c'est ce que l'histoire combinée avec la géographie pourra peut-être démêler. Pour l'instant, la géographie montre que l'hypothèse d'une coexistence ancienne a pour elle la vraisemblance.

De même, il paraîtra difficilement admissible que le participe mettu, qui apparaît dans la Gaule romane à côté de mis^ soit une création du gallo-roman.

Sans doute l'emploi de la méthode géographique, restreinte au domaine de la Gaule romane, atteste que, dans cette région de la Romania, le participe mettu est sous la dépendance géographique étroite d'un couple boulre : boutu, lequel semble y avoir entraîné mettre : metlu. Ce boittre ■' boutu, lui-même sorti de foutre : foulu, serait, nous dit-on, l'intermédiaire obligatoire ayant conduit le mettre : mis étymologique h mettre .'mettu {Path., II, 32-41).

Mais, lorsqu'on songe à l'extension, en dehors de la Sardaigne, des participes en -ûtum dans tout le domaine roman, où les types classiques consûtus, minûtus, secûtus, soutenus par les nombreux parfaits en -ni, type correspondant, ont engendré la foule des formes vulgaires attestées dès l'époque impénale (^Redduta, Venutus, CIL; cLfundutus, Gl. Reicbn., V. Zimmermann, Arch. Lat. Lex, XIII, 130), quand on songe que metut est attesté en vieux provençal et en vieux gascon, meltuto en italien, que metudo (Cantar de Mio Cid, 844, 914) n'est même pas sans exemples en vieil espagnol, où les formations en -udo ont pourtant été entravées de bonne heure dans leur développement, quand on constate d'autre part que, hormis îr. bouter, prov. botar, les autres formes romanes continuant franciq. botan sont toutes des emprunts au provençal ou au français, si l'on remarque en

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