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TENDANCES GÉNÉRALES EN MORPHOLOGIE

a d'abord dans des mots du type driua >> âra « droit » , d'où il ressort que la désinence a de Jçja « faisait », etc.? n'est que la généralisation de celle de fra « ferait », dira « entrait », etc. (Bruneau, Phon., 109) ?

Il est inutile d'insister sur ces faits, auxquels s'appliquent toutes les observations qui ont été présentées pour l'emploi de la méthode géographique en matière de phonétique pure. Par contre nous marquerons l'importance de la géographie en ce qui concerne l'explication de certains changements morphologiques, pour lesquels on chercherait vainement ailleurs des éléments de preuve véritablement démonstratifs.

Les grammairiens et même les linguistes parlent souvent de la tendance qui pousse les langues à différencier les flexions suivant les fonctions grammaticales. Là où les flexions sont sujettes à se confondre par suite du jeu des lois phonétiques ou pour quelque autre cause, la langue est portée ou bien à constituer des types nouveaux, ou bien à introduire dans les types anciens des éléments caractéristiques nouveaux, de manière à éviter les confusions de fonctions ou d'emplois.

C'est ainsi que le latin préhistorique a possédé deux subjonctifs, l'un en -à- (type faciâs, osq. fahHatï), l'autre caractérisé par un simple allongement de la voyelle thématique (t3'pe faciès, cf. gr. Xj-^ts). Le premier a été généralisé par le latin classique dans la fonction de subjonctif présent, l'autre dans la fonction d'indicatif futur. Mais la première personne de ce futur devait être normalement *faciô et devait par conséquent se confondre phonétiquement avec la première personne de l'indicatif présent facio. Cette homophonie était incommode. La langue y a remédié en substituant à ce * facto la première personne de subj. faciam employée en fonction de futur.

Le remède était efficace en ce qui concerne les rapports

du tutur et du présent. Il était dangereux en ce qui concerne les rapports du futur et du subjonctif, puisqu'il introduisait ici l'homonymie qui était précisément évitée là-bas. Il faut croire que la confusion était, dans ce dernier cas, moins gênante que dans le premier, puisque faciam a fini par se fixer avec sa double fonction de futur et de subjonctif. Cette contradiction apparente s'explique par la différence des emplois syntaxiques, bien plus grande entre le subjonctif et l'indicatif futur qu'entre le présent et le futur de rindicatif : il est rare que le contexte permette la confusion d'un subjonctif (qui apparaît d'ordinaire en proposition subordonnée) avec le futur de l'indicatif (qui le plus souvent est en proposition indépendante). Au contraire le présent et le futur de l'indicatif sont particulièrement sujets à figurer dans des propositions de même nature.

Quoi qu'il en soir, à l'époque archaïque, la langue hésitait encore, d'où les formes de i'' personne du futur, faciem, accipiem, experier, sinem, assez fréquentes dans plusieurs manuscrits de Plante, et qui sont les produits curieux d'une double tendance, l'une consistant à différencier les flexions appartenant à des temps différents, l'autre à unifier au moins partiellement à l'intérieur d'un même temps, sinon la flexion tout entière, du moins la voyelle désinentielle.

Ce besoin de clarté, qui pousse les langues à tenir distinctes les formes grammaticales ayant des valeurs différentes, se manifeste dans tous les domaines linguistiques. En français moderne, les trois première? personnes du singulier et la troisième personne du pluriel de l'indicatif présent, de l'imparfait, du subjonctif, etc. sont devenues homophones dans la phapart des verbes : chante(i) : chanle(jii), menr{s) : meiirÇenï'), aimai{s) : aiiiiai(t) : ai}nai{ent), etc. L'idiome a eu recours à l'emploi des pronoms je, tu, il, ils, qui sont devenus de véritables flexions prépositionnelles.

LA FORCE DE CARACTÉRISATIOX FLEXIONMELLE 409

Ce qui montre que ces pronoms, du moins je, tu, ne sont plus que des flexions du verbe, c'est-à-dire des caractéristiques de la personne, ce n'est pas le fait qu'ils ont cessé d'être des mots autonomes, ne pouvant plus s'employer à l'état isolé (Meillet, Ling., jj, 107). En effet nie, te, se, ne s'emploient pas davantage à l'état isolé, et ne sont pas pour cela, à proprement parler, des « flexions. »

La véritable raison, c'est que le verbe, à la première ou à la deuxième personne, et en dehors de l'impératif, ne peut plus s'employer sans l'adjonction de ces mots, devenus par conséquent de véritables morphèmes: je chante, tu chantes. Depuis la fin du xvi^ siècle, * chante, *chantes, n'ont pas plus d'existence sous forme isolée qu'un thème verbal latin, dépourvu de désinence : *lege, *amâ, *nionê, *audi. Et la suppression du pronom sujet n'est admise, et même n'est de règle, qu'à l'impératif, chante, c'est-à-dire au mode qui, dans toutes langues, tend à avoir des formes particulièrement brèves. Ces formes, en latin comme en grec, consistent précisément, du moins à la deuxième personne du singulier, dans le thème verbal pur et simple sans aucune désinence : aJe, lege, aniâ, inonê, aiidî, ce qui est un état tout à fait parallèle à celui de l'impératif en français moderne chante. Us, écoute. Au contraire le vieux français admettait le pronom sujet à côté de l'impératif, que le pronom renforçait, n'ayant pas encore perdu son individualité en tant que mot distinct : tu Ventens ! Ain:^ nioci tu.

Dans le langage populaire actuel, // ou elle tendent actuellement à assumer une fonction analogue à celle de je et lu, introduisant alors dans l'idée verbale non seulement une notion de personne et de nombre, mais encore une notion de genre : le vétérinaire il m'a dit comme ça : la Barrée elle vêlera pas de cette nuit.

Lorsque la distinction de nombre est effacée par suite de l'évolution phonétique du verbe, la langue introduit des caractérisations nouvelles. Ainsi le français commun // joue:

^lO XIII. LE PROBLÈME MORPHOLOGIQ.UE

il{s) joueÇiil) devient, dans le français local du Poitou, par exemple, il joue: il{s) jouonl, ou bien il joue: il{s) jouant et dans le français local de certaines personnes originaires du Midi (Cette, Montpellier): // /// : /^yV,/. La confusion des formes verbales a été éliminée, dans le premier cas, par un changement dans la finale du verbe, dans le deuxième cas, par un changement dans la forme du pronom, ce qui est plus conforme à la tendance générale des langues indo-européennes (v. Meillet, Ling., 70).

Les deuxième et troisième personnes de l'indicatif présent du verbe être étaient bien distinctes en latin classique: es, est. Par suite de la position précaire du t final de «(/), elles étaient menacées de se confondre dans les langues romanes. Dès l'époque du roman commun, se manifeste une tendance à la difierenciation des deux formes. En fait, toutes les langues romanes les tiennent distinctes dès l'époque ancienne.

Le vieux français, où pourtant les -/ finaux étaient relativement solides à la pause ou devant voyelle, mais où ils étaient débiles en position S3mtaxique devant consonne, offre 2 es : 3 est. Le provençal a 2 est : 3 es. Il semble que, ni en français la conservation, à la 3^ personne, du -t encore sensible dans la prononciation actuelle en cas de liaison, ni en provençal, l'adjonction, h la deuxième personne, d'un -t analogique, n'ont paru suffisantes : dans les deux cas, les deux langues ont développé une distinction de timbre vocalique entre les formes.

On a signalé la difficulté qu'il y a à expliquer comment a pu s'établir une telle distinction (Meyer-Lùbke, Gr. l. r., II, § 207). L'existence d'une scansion es chez les Comiques n'est d'aucune ressource, puisque es représente èss = gr. £7-7t, avec un é comme dans est = scrri. Il faut admettre vraisemblablement que les deux séries de formes usitées en latin vulgaire, l'une tonique avec è {es, èsf\ l'autre atone

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