FORCES D INERTIE ET DE REACTION 4II
avec é {es, est), ont été spécialisées chacune à une personne différente. Le français et le provençal ont adopté Yè à la deuxième personne et Yé à la troisième. Il en a été de même en gascon : le landais occidental, où é devient œ, mais où è reste e (y. p. 216), offre es « tu es » (Arnaudin, Contes, 201, 211, etc.) mais œs « il est » (Jb., 190); cf. Pet. atl., 209). Inversement, dans les Grisons, Vé est devenu caractéristique de la 2" personne.
L'italien, qui garde Yè ouvert aux deux personnes, les différencie par l'adjonction à la deuxième de 1'^ initiale tirée de l'analogie de sum: *sès >> sèi (2) en regard de è (3) (pour Yi de sèi, v. p. 87). La tendance à la différenciation de 2 et 3 coïncide ici avec la tendance inverse à l'unification analogique du radical entre i et 2.
En roumain, les tendances se heurtent entre 2 et 3, mais aboutissent à un compromis qui sauvegarde la distinction : 3 este, se rapprochant de la désinence des inchoatifs, a entraîné 2 eilh
Dans la péninsule ibérique, le portugais distingue es àté. Le léonais et l'aragonais ont 2 yes, 3 ye.
Le rapprochement de tous ces faits rend moins extraordinaire le développement du castillan, qui, dès l'époque ancienne, maintient la distinction grâce à la spécialisation de la deuxième personne du futur, eris, dans le sens de es: d'où 2 ères 3 es. L'établissement de cet état de chose a été rendu possible en castillan par la disparition préhistorique de l'emploi de ero, eris, erit, etc., comme futur, contrairement à ce qui s'est passé en vieux français.
Ces exemples tendent à montrer la vérité du principe général posé par les grammairiens et par les linguistes : les langues évitent autant que possible la confusion dés différents morphèmes et des diverses formes grammaticales, là où la clarté du discours pourrait avoir à souffrir de cette confusion.
Les choses se passent en morphologie un peu comme en
phonétique. Deux forces sont en présence : l'une force d'incriie, qui est le plus souvent d'ordre phonétique (v. p. 287 suiv.), mais qui peut être aussi, dans certains cas, d'ordre analogique (v, fr. je fis: lu fcsis, etc. >> ;*£ fis : tu fis, etc.), pousse l'idiome à confondre des formes de sens et d'emploi différents; l'autre, h foi ce de caraclérisatkm Jîexionuelle, joue le même rôle que la différenciation phonétique (v. p. 298-9); elle réagit contre tout ce qui tend à introduire la confusion dans le système grammatical.
Mais, si l'existence de ce principe général a pu depuis longtemps être soupçonnée grâce aux observations de la méthode comparative classique, c'est par l'application des procédés de la géographie linguistique qu'il est désormais possible de donner, pour chaque cas particulier, une démonstration décisive. Bien plus, la géographie indique la raison profonde de certaines créations morphologiques, dont les vieilles méthodes n'entrevoyaient même pas la raison d'être
Il ne suffit pas de dire, par exemple, que, dans la partie occidentale de la région landaise déjà mentionnée, la première personne de l'indicatif présent du verbe « faire » est de formation analogique (v. fig. 38; cf. Pet. atl., p. 212).
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Fig. 38. — « Je fais » dans les Landes. Il est manifeste que hçsiy hèii, hès ne représentent pas une