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MORPHOLOGIE ET GEOGRAPHIE

évolution directe et normale de lat. facio, lequel aurait dû aboutir régulièrement à hâs étant donnée la phonétique en vigueur dans la région : cf. hrachium > bras, etc. Il ne suffit pas davantage de supposer que des indicatifs en -exi (beii « je vois y), hre:{i, « je crois ») ont exercé leur influence sur bas <i fado pour l'amener à /.v~/ (cf. j. Ducamin, Disciplines de Clergie et de Moralités de Pierre Alphonse^ Toulouse, 1908, 145). Il ne suffit pas d'autre part de tirer hesi, hès, de l'imparfait du subjonctif, v. gasc. fessi, fes, généralisé dans l'emploi d'indicatif (cf. R. D. R., 1910, 88). Il ne suffit même pas enfin de reconnaître, comme pourraient le faire des linguistes encore plus avisés, que ces formes analogiques, hèsi, hè^i, hès se sont développées à la place d'un hey « je fais », chronologiquement antérieur — et lui-même analogique, — pour éviter la confusion avec la troisième personne hey « il fait » {Pet. atl., 213).

Suggérer une explication de ce genre, c'est à coup sûr manifester non seulement le désir de rendre compte des formes nouvelles, mais encore le souci de remonter aux causes qui ont engendré ces innovations morphologiques. Il est excellent de vouloir ainsi rendre compte de l'évolution et du germe qui l'a produite. Mais on ne fournit aucune preuve réelle à l'appui de l'affirmation avancée.

La confrontation des deux cartes « je fais » et « il fait » (v. fig. 39), et l'application au problème en jeu de la

FiG. 39. — « Il fait » dans les Landes.

méthode de superposition des aires, révèlent avec évidence la justesse de ce qui n'était qu'une hypothèse et lui donnent la valeur d'une vérité démontrée.

Dans le secteur où la troisième personne du singulier est hç, la première personne est hey uniformément. Au contraire, là où la troisième personne est hey, il n'y a pas un seul exemple de hey à la première personne. La ligne frontière entre 3 he : hey, d'une part, et i hey : hesi, hes, he:;i d'autre part, coïncide sur toute l'étendue du domaine.

Les points 19 et 24, qui sont deux communes limitrophes, et où se remarque une dérogation, n'en restent pas moins fidèles au principe général, puisque i hesi s'y oppose à 3 he. Il semble que ces deux patois ont pris, plus encore que leurs congénères, toutes les précautions pour éviter la confusion de i et 3. Il est vraisemblable que, sur ces deux points, I hesi s'est étendu au détriment de i hey pour le plus grand bien de la clarté du discours : entre hesi et he, l'écart phonique est bien plus considérable qu'entre hey et he. Les formes analogiques hesi, etc. y ont été considérées comme des « moyens thérapeutiques » plus efficaces que le simple hey, estimé suffisant sur tous les autres points du secteur oriental.

Lespectacle d'une telle distribution géographique emporte à lui seul la conviction. Il atteste avec éloquence que le principe des collisions homonymiques, fécond pour l'étude des mouvements lexicaux, l'est au moins autant en morphologie. Car, ici, il ne s'agit pas de tenir distincts deux vocables, entre lesquels la confusion peut être le plus souvent évitée grâce à la nature particulière du sujet visé dans le discours : quand une personne parle de v traire ^o midgere, il y a quelque chance pour que l'on ne comprenne pas « moudre » mokre. Mais une méprise sur « je fais » et « il fait », sur « tu es » et « il est », est un accident d'une imminence bien plus fréquente et qui peut entraîner des conséquences beaucoup plus graves. Il n'est pas étonnant

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