SELECTION MORPHOLOGIQUE
que toutes les langues essaient de parer préventivement à des quiproquos de ce genre.
D'où il ressort que nombre d'innovations morphologiques n'ont d'autre cause que le besoin de clarté inhérent à chaque idiome. La préoccupation de tenir distincts dans leur forme linguistique les objets et les actes qui doivent être distingués dans là réalité, explique plus d'un changement dans la flexion comme dans le vocabulaire.
A propos du lexique on a parlé de « phonétique artificielle » ÇPath., III, 66 suiv.). Si cette dénomination était exacte, elle s'appliquerait également à toute une catégorie de phénomènes morphologiques. En réalité il n'y a rien d' « artificiel », ni dans un cas ni dans l'autre. Tout se passe le plus naturellement du mronde.
L'ie de vierge n'est pas un « artifice » destiné à parer au conflit de *verge <C virginem avec verge <Cvh'gani, homon5'mie en vérité intolérable (cf. Paih., III, 68). Les « crochets brusques», les « volte-face » que l'on suppose, ne sont guère dans les habitudes des langues, créations collectives. Il faut croire que vierge est sorti par voie naturelle d'un croisement entre virgo, mot latin d'église, et ver^e{ne) mot populaire, ou mieux entre verge(né) et virgeÇite^, formes héréditaire et savante du latin virginem {ih., p. 68, note de M. Clédat). C'est par sélection lexicologiqiie, et non par suite de je ne sais quelle création de « phonétique artificielle », que verge{ne) a été éliminé, et que l'hybride vierge- (ne), distinct le plus heureusement du monde de verge <C vïrgdm, s'est implanté définitivement.
De même c'est par sélection morphologique, que les seconde et troisième personnes de l'indicatif présent du verbe être, dans l'ensemble de la Romania, ou les première et troisième personnes du même temps et du même mode du verbe faire, dans les Landes, se sont tout naturellement diff"érenciées les unes des autres. Pour remédiera l'homonymie menaçante, causée par l'action des forces d'inertie
d'ordre phonétique ou analogique éparses dans la langue, un choix subconscient s'est opéré entre les diverses formes, analogiques ou phonétiques, que chaque idiome a éliminées ou cantonnées dans des postes grammaticaux difiérents, suivant les besoins de l'expression. Poussées par la nécessité impérieuse de sauvegarder l'intégrité de leur système flexionnel, les langues ne reculent pas devant des moyens qui cessent de surprendre, lorsqu'on connaît les causes profondes de ces chasses-croisés en apparence bizarres : un futur prend la place d'un présent Çesp.'eres') : un subj. supplée un indicatif (gasc. besi, hes).
D'une importance considérable comme principe d'innovation flexionnelle, l'honlonymie n'exerce pas moins d'influence sur les faits de composition et de dérivation qui forment une section spéciale de la morphologie.
La dérivation et la composition sont les procédés les plus simples dont dispose la langue, lorsqu'il s'agit de remédier à l'insuffisance phonique de certains mots et au danger de confusion homonymique qui en résulte. Il existe notamment plusieurs formes verbales, dont le radical s'est trouvé réduit par le jeu des lois phonétiques à si peu de chose, qu'il s'est adjoint des éléments adventices sans lesquels il lui eût été impossible de se maintenir et d'échapper à une destruction totale.
Le vfr. eissir ou eistre <C exire se trouvait, à certaines personnes, représenté par des formes ultra-réduites : ind. prés. 3 s. ist, 3 pi. isseiit ; impf. 3 s. issoit, 3 pi. issoient, etc. En comparant ces formes avec finit, finissent, finissait, finissaient, on pouvait se demander si vraiment le verbe n'était pas réduit, par suppression du radical, à une flexion pure et simple. Le vfr. nissir, sorti naturellement de (e)n issir {Faillite, 99), est né du besoin qu'a éprouvé la langue de donner plus de corps à ce radical défaillant.
Ce nissir, que les hasards du stniggle for life ont fini mal-