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SÉLECTION MORPHOLOGIQUE

gré tout par éliminer, est comparable, dans un certain sens, à ïtâl.gire, — cf. le participe sicil. giutoÇMeni. Soc. Néoph. Hcîs., VI, 283) — avec généralisation du }■ de èùmus, ou encore à log. hessire. Mais, tandis que, dans ce dernier cas, le h- est une extension analogique d'une forme d'origine phonétique (cf. henneni <i generum, bennar^jH K^jenuariunî), lefr. nissir, comme v. tosc. niscire ou v. lomb. ensir (Il libro di Uguccione da Lodi) a cherché dans la composition verbale la formule du remède qui du reste s'est trouvé impuissant à le guérir définitivement de sa débilité congénitale.

Plus efficace, l'adjonction du suffixe -aticiun a préservé jusqu'à nos jours le dérivé français de aeiaton. Le fait est curieux et significatif. Morte depuis longtemps, la forme simple éé <C aetateiii a été dès l'origine supplantée par cage. Dévoré bientôt par son propre sauveur, le radical primitif communique au suffixe, qui l'absorbe, sa valeur sémantique : dans le ^r.xnod.dge, dont la prononciation, quoi qu'en disent certains dictionnaires, ne difi"ère pas de celle qui prévaut pour le suffixe -âge (v. Grammont, Trait, prat., 29), il ne reste aucun vestige matériel de éé<iaetatem; mâïs-aticum demeure solide au poste, exemple étonnant d'un suffixe que le jeu combiné de la phonétique et de la morphologie a transformé en substantif.

Nidniii était voué à l'anémie sur le sol fran:ais : il s'y est maintenu tant bien que mal. Mais, çà et là, des formes dérivées lui communiquent une force nouvelle : le gascm^ (Pet. atl. « nid » 278) est un déverbal assez comparable à tosc. /«'Jw« nid » dtnidiare. Cf. encore 7z//?(^Z,.,9io «nid »).

Le fr. neige, déverbal de neiger, est dans le même rapport avec vfr. noif <C nrvem. Et tout le secret de ces pseudo-diminutifs, qui ont retenu si longuement l'attention de M. Gilliéron, soliculu, ovicula, etc., pour solem, ovem, etc., réside dans cette tendance à l'élargissement des mots dont le volume phonétique est réduit (cf. Meil let, Lmo-., 164). Entre clavulus et c/rtw//«i- il n'y a aucune nuance sémantique

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4l8 XIII. LE PROBLÈME MORPHOLOGIdUE

appréciable (v. Path., I, 52). La principale différence qui les sépare tous deux de clavus, c'est qu'ayant trois syllabes au lieu de deux, ils avaient plus de force vitale.

C'est pourquoi, selon la remarque très fine de M. Gilliéron (^L'aire « clûvellus », i), le nord de la France, avec sa phonétique plus contractante, doit, toutes choses égales d'ailleurs, offrir une proportion plus forte de dérivés que le Midi.

Les mutilations dues à la phonétique, la production de formes homonymes, fruits indésirables de l'évolution phonétique ou de l'analogie, ne sont pas les seules causes capables d'entraîner des changements morphologiques. Ce qui caractérise la morphologie, c'est l'existence de systèmes, de paradigmes, comme on dit en linguistique synchronique. Les paradigmes ou types de conjugaison et de déclinaison, s'ils ne sont pas tout dans la morphologie, en sont du moins l'âme.

Dans l'ensemble des caractères distinctifs d'une langue, on peut dire que le système morphologique joue un rôle considérable. Plus les faits que l'on compare d'une langue à l'autre sont de nature grammaticale, et plus la parenté entre les langues a de chances d'être prouvée (Meillet, Ling., 91, 108).

Partant de cette idée fort juste, M.Terracher s'est efforcé de mettre en opposition l'étude des « formes » et l'étude des « ty[)es morphologiques ». « L'étude des formes, écrit-il {Aires, 50) est presque aussi incertaine que celle du lexique : l'étude des types ou systèmes ne l'est pas. » « Il est constant, ajoute le même auteur (//'., 51), que le système morphologique caractérise une langue beaucoup plus que le lexique ou le développement phonétique. »

Il V aurait des réserves à présenter sur des propositions de ce genre. Nous verrons que l'analogie, — ce puissant levier en matière d'innovations morphologiques — est, dans un

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