SYSTÈMES MORPHOLOGIQUES ET FORMES 4I
certain sens, un élément de trouble, capable de f;iire perdre justement à une langue sa caractéristique et d'obscurcir la clarté de son développement historique. L'analogie produit fréquemment des innovations qui ont pour résultat de supprimer les traits morphologiques primitifs. Ce n'est pas uniquement la phonétique qui altère les systèmes.
C'est ainsi que des formes plus ou moins isolées, mais d'un emploi fréquent dans le discours, peuvent être généralisées par l'analogie de manière à produire des systèmes nouveaux. En gallo-roman, par exemple, le parfait ////.assez isolé des parfaits en -ni sous la forme vulgaire////, déjà attestée à l'époque archaïque (cf. fuueii, CIL, 1% 1297), a agi précisément sur ces parfiits forts en -ni, et a été le point de départ d'un système de parfaits faibles en -ni vfr. je valui, tu valus, etc. ; je parui, tu parus, etc., je crui, je corrui, je biii,jereçui, je mni,je conni, etc., qui restent tous conformes au parfait : fui, fus, fut, fumes. Justes, furent, et qui de bonne heure ont fait pâlir les parfaits plus rapprochés de l'étvmo- \ogie je creï, je corris, et même /o/, tu oiïs, il 0/ devenu bientôt j'{e)us, tu {e)us, il {e)Ht, lorsque le parfait de être se fut réduit à je fus, tu fus, il fut.
L'analogie peut encore substituer à des systèmes anciens relativement restreints des systèmes nouveaux plus développés. Ce cas est fréquent. Par exemple, la déclinaison latine des substantifs était une combinaison complexe de systèmes d'extension inégale, que la grammaire traditionnelle répartissait en cinq paradigmes. Elle a cédé la place, dans les langues romanes, à des systèmes plus simples et d'une extension plus considérable, puisque les cinq paradigmes ont été réduits à deux ou trois. Le système actuel du subjonctif français que nous fassions : que vous fassiez, etc., en regard de que nous chantions : que vous chantie:^^ offre l'image d'une simplicité et d'une unité plus grandes que celui de l'ancien français que nous faciens : que vous facie:^ en regard de que 7Î0U s chantons : que vous chantei:^. On pour-
rait, pour toutes les langues, multiplier les exemples montrant l'extension d'un type morphologique au détriment des autres types et l'unirtcation du système grammatical de la langue au mépris du système primitif.
Peut-on dire dans ces conditions que le système actuel soit plus « caractéristique » de la langue que ne l'avait été l'ancien ? Peut-on dire que l'analyse linguistique du « système » de parfiiit, je valus, je connus, j'eus, etc. soit moins « incertaine » que l'analyse des « formes » tout d'abord isolées constituant le parfait de être : je fui, tu fus, etc. ?
Admettons qu'il n'y ait, dans de telles propositions, aucun paradoxe. Il ne sera pas superflu de préciser alors cette notion même de « système morphologique », au sujet de laquelle il importe qu'il n'y ait point de malentendu.
L'auteur des Aires morphologiques, pour établir la distinction qu'il juge essentielle entre la forme et le type, choisit, entre autres exemples, celui du subjonctif dans certains parlers de l'Angoumois ; « Que nous prenions », écrit-il (p. 5 r), k mi pràjà peut fort bien être devenu k tin prçnà, et « nous voulons » je f/ôpeut fort bien être devenu ;V vuJô: qu'importent les actions analogiques, qu'importe la forme du radical, si n(ii) et -^7 d'une part, je et -ô de l'autre restent caractéristiques des premières personnes du pluriel » }
Cette distinction très légitime ne doit pas nous faire perdre de vue que ces « actions analogiques » et que cette « forme du radical » dont on nous parle, sont susceptibles de devenir elles-mêmes le point de départ et même le pivot de nouveaux « systèmes morphologiques », inconnus tout d'abord à la langue, et devenus non moins « caractéristiques » que les systèmes anciens.
L'alternance d'un radical normal avec un radical réduit fait bien partie du système morphologique de la conjugaison grecque, '/.-J.-m : eXi-iv, ou latine, vïdeo : vidî{*vei-dï). Et le français moderne off"re sous une autre forme de nombreux