‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 124 sur 149 · SYSTEMES MORPHOLOG1Q.UES ET FORMES 42 I · texte numérisé non relu

SYSTEMES MORPHOLOG1Q.UES ET FORMES 42 I

exemples de cet état de choses, soit qu'il continue phonétitiquement d'anciennes alternances étymologiques, soit qu'il en développe de nouvelles par la voie phonétique ou par des procédés analogiques. L'opposition entre le présent et le parfait repose au moins autant sur une alternance des radicaux que sur la différence des terminaisons : je vois : lu vois : il voit : n. voyons : v. voye:{ : ils voient en regard de;V vis : tu vis : // vit : n. vîmes : v. vîtes : ils virent. Comparer: je plais : tu plais. ..ils plaisent et je plus : /// plus. ..ils plureiil, etc.

L'alternance du radical peut même intéresser non seulement le vocalisme mais encore le consonantisme : je jette (phonétiquement jet), tu jettes, on jette en regard de je jetais, tu jetais, on jetait (phonétiquement je j'tè, tu j'tè : — /' = prépalatale chuintante sourde mais douce : cf. Grammont, Traii. prat.,^6).

D'autre part, le -g-, détaché par analogie d'une forme latine de subjonctif telle que surgaui etc., est bien devenu le point de départ des subjonctifs vieux français du « type » alge, donge, meinge, parolge, quierge, tienge, vienge, etc., type qui a eu une si grande extension.

Il faut donc se garder de tirer des conséquences excessives des théories les plus justes. Il y a quelque abusa soutenir que le système morphologique est nécessairement l'élément le plus caractéristique d'une langue.

Qu'ils remontent à une époque ancienne, ou qu'ils soient des produits récents du travail desparlers, les lypes^ morphologiques, lorsqu'ils se sont développés dans certaines conditions sur une vaste échelle, peuvent acquérir une importance considérable. Dans la biologie des formes d'un idiome, ils peuvent devenir un principe capital de conservation ou d'innovation.

La distinction introduite jadis par Camille Chabaneau entre la conjugaison morte et la conjugaison vivante est

une distinction féconde tout à fait conforme à la réalité des faits.

C'est parce qu'elles sont anomales, parce qu'elles n'entrent pas dans le cadre des systèmes généraux de la langue, que certaines conjugaisons sont mortes. Et la disparition de beaucoup de verbes isolés et même de certains temps de verbes tombés tout entiers en désuétude s'explique moins par la production de conflits homonymiques que par le caractère irrégulier et exceptionnel des formes considérées.

La défaveur où sont tombés en français le passé défini et par suite l'imparfait du subjonctif n'est pas due à une autre cause qu'à l'irrégularité de leurs formes (v. p. 146 suiv.). L'auteur de la Faillite (p. 106) le constate, bien qu'il ait soutenu jadis une opinion différente (^/w7/^, 224). Peut-être reconnaîtra-t-il un jour que l'homonymie n'est pas la seule raison capable d'expliquer la déchéance de certains verbes. Frapper, verbe de la première conjugaison, a remplacé /mV, comme casser a remplacé rompre (cf. AL., 11 62), comme edere en latin vulgaire a été éliminé au profit de manâucare ou de coniedere conjugué de plus en plus régulièrement. C'est une loi de morphologie générale, que l'élimination progressive des formes trop compliquées et exceptionnelles au profit des formes simples et courantes (Meillet, Ling.,

Les besoins morphologiques et la nécessité où se trouvent les langues de posséder des flexions nettes, bien définies, entraînent parfois un traitement particulier des désinences flexionnelles, de telle sorte que la phonétique semble mise au service de la morphologie.

Dans une partie des Vosges méridionales, le pluriel de l'impartait offre une terminaison -z-, qui correspond à un type ancien -ie7îs, et dont le désaccord phonétique avec chien par exemple s'explique par le fait qu'il s'agit du traitement d'un morphème et non d'un mot(Bloch, Fo., 109). M. Bloch a réuni (//;., p. 164 suiv.) un certain nombre de faits analogues caractéristiques.

Page 1