SYNTAXE ROMANE ET SYNTAXE LATINE
remonter jusqu'à la période du roman commun la naissance de cette locution conjonctive. Et les cas sont nombreux où nous pouvons apporter la preuve historique de l'existence du syntagme dès le roman commun.
Dans son excellente Petite Syntaxe de l' ancien français, où, pour satisfau'e peut-être au goût du jour, l'auteur a accompli le tour de force d'étudier, en 270 pages, d'un point de vue historique, les tours du vieux français a sans même laisser entrevoir que le français vient du latin » (p. vi), M. L. Poulet relève (p. 8), parmi les exemples de l'emploi du cas-régime, une phrase telle que Jt'a si bon chastelain = « il n'y a si bon châtelain » et d'autre part la phrase suivante este faisait bel et seri = « il faisoit un été... ».
A propos de ces exemples, M. O. Bloch (JBSL, XXII, 77) reproche à l'auteur de n'avoir pas expliqué ces constructions à l'aide du paragraphe de sa syntaxe où il est dit que « dès qu'un mot dépend d'un autre mot ou d'une phrase, et même, dès qu'il y a le moindre soupçon qu'il en dépende, c'est le cas régime qui tout de suite s'impose ». « La grammaire d'aujourd'hui, ajoute M. Bloch, préoccupée de logique, y voit des sujets réels. »
Si l'on n'avait point la phobie du latin, ou si l'on n'affectait point de l'avoir pour une raison ou pour une autre, l'auteur et son critique auraient trouvé plus de profit, pour eux-mêmes et pour l'instruction du lecteur, de renvoyer aux exemples réunis par M. E. Bourciez {EUm., 274), et montrant l'emploi impersonnel de habere et de facere, qui, dès l'époque latine, se font accompagner d'un accusatif : quia jam mnltuin tenipns haberet (Vulg.) ; in arca Noe habnit honiines (Hier, ep.) ; nunquam fecit taie friqus; gravent hieniem fecit (Grég. T.), etc. cf. iizi. fa freddo, esp. hace frio ; hace très ahos, etc.
De tels exemples montrent clairement qu'en matière de syntaxe, comme en d'autres matières, la méthode historique qui va chercher jusque dans le latin l'explication de certains
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faits de langue actuels ne peut être délibérément laissée de côté. M. Bloch lui-même en fait la remarque, quelques lignes plus loin, à propos des emplois du prétérit et de l'article partitif en vieux français.
Non, le latin, source commune des idiomes qui nous occupent, ne saurait être exclu d'une étude scientifique ayant pour objet les langues néo-latines. Hâtons-nous d'oublier les considérations pessimistes de M. Brunot sur l'inutilité du latin pour l'étude de la syntaxe française, et applaudissons sans réserve aux déclarations de ce maître lorsqu'il proclame « que la langue n'est pas une création abstraite; que c'est un produit de vie » {ib. 2,171).
Pour reconstituer les phases successives de cette vie, ce ne sont pas des classifications idéologiques que nous demandons, mais bien des faits linguistiques, remontant à des époques variées, depuis les origines jusqu'à nos jours, et attestés dans les différentes langues congénères, de manière que nous puissions instituer la traditionelle comparaison.
« Supposons, nous dit-on, le maître et l'élève en présence de cette simple phrase Te voilà ! En vain exposerat-on que voi est l'ancien impératif; qu'il s'est soudé à \à. En vain donnera-t-on des dates. L'affaire n'est pas là. A quoi sert ce voilà ? Sûrement pas à dire regarde. Te voilà ! est bien loin de regarde-foi là ! Dès lors quel est le sens ? Où classer cette phrase ? Quel est le rôle de voilà ? — • C'est une étude de suivre les variations des langues. Mais c'en est une aussi et assez différente de les prendre telles qu'elles sont, d'en considérer les éléments tels qu'ils se présentent au cerveau des sujets parlants » (ib., XXIX, 2,162).
Nous conviendrons qu'il est nécessaire de définir exactement les valeurs et les fonctions des syntagmes dans les langues, et que même pour une étude de la syntaxe dans