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SYNTAXE ROMANE ET MÉTHODE COMPARATIVE

la diachronie, l'exactitude de ces définitions synchroniques est indispensable. Nous confessons que beaucoup de grammaires « historiques » ou « comparées », parmi celles surtout parues à l'étranger, font tjop bon marché de l'étude précise de ces valeurs. Mais le sentiment des valeurs n'a rien de véritablement scientifique en lui-même, et le premier indigène venu, qui manie sa propre langue ou son patois natal, en sait plus long sur ce point que les plus subtils grammairiens étrangers. Quant à la classification, elle nest pas tout dans la science diachronique, même si elle est fondée sur des caractères purement linguistiques. La question des origines n'est pas d'une importance inférieure, et elle joue, dans les questions de syntaxe, le même rôle essentiel qu'en étymologie. Elle fournit la base indispensable à l'étude historique des changements de valeur et du procès suivi au cours de ces changements.

Voilà pourquoi dans l'étude dynamique des faits de syntaxe, sinon dans l'enseignement élémentaire de la langue — qui ne nous intéresse pas — , il est capital de savoir que voilà est sorti de voi -j- là, comme il est capital, — parce que la chose est d'un intérêt scientifique général — , de connaître l'existence du procès selon lequel toutes les langues romanes, et d'autres encore, tendent à former des particules interjectives à l'aide d'impératifs. Et ceci est un autre aspect de la question qui nous occupait précédemment. Cf. prov. Tè ! Ve ! Ve loii ! Ve la ! léu me veici coutro la font ! (M.isira\y, Vaqui que soiin sang se recerco (id.). (v. Ronjat, Synt. pari, prov., 260). De tels exemples montrent que l'emploi des impératifs en qualité d'interjections entraîne pour ces formes verbales une certaine usure phonétique. Le même fait peut être constaté dans d'autres langues : ital. te, vie, guar ; port, chete ÇMistero, 113) = chegate, guarte, calte, tirte, porte.

C'est dans une comparaison de ce genre et dans une reconstitution précise de toutes les étapes sémantiques ou

MiLLARDET.

autres parcourues par les tours depuis l'époque la plus reculée à laquelle on peut atteindre, en un mot c'est dans l'histoire des origines et des changements ultérieurs, que doit consister l'étude scientifique de la syntaxe.

Une telle méthode a permis à la linguistique indo-européenne, qui a exercé ses investigations sur des périodes de temps très étendues, de découvrir^ entre des langues géographiquement très distantes les unes des autres, des ressemblances de structure qu'explique seule leur origine commune, soit que ces langues aient conservé, chacune de soji côté, l'état de choses ancien, soit qu'elles l'aient modifié à des époques plus ou moins différentes dans le même sens.

Ainsi le français dit la maison du père, comme l'anglais the hoiise of the father ou le persan mân i pidar. Voilà donc trois langues qui modifient dans un même sens la structure de la langue primitive qu'elles perpétuent, remplaçant la flexion par un ordre fixe des mots et par l'emploi de particules (Meillet, Ling., 62-3). C'est-il la logique et l'idéologie, ou bien c'est-il la comparaison historique, qui nous mettent à même d'établir des rapprochements de ce genre et d'aboutir à des conclusions aussi suggestives } L'anal5^se la plus pénétrante des concepts est à coup sûr moins instructive que la confrontation de quelques faits positifs judicieusement choisis.

Le développement de nouveaux types syntagmatiques, la disparition des anciens, le procès de ces acquisitions et de ces pertes, voilà le véritable objet de la syntaxe diachronique. Plus haut nous remonterons dans l'étude historique des tours, moins nous nous confinerons dans un domaine restreint au point de vue du temps et de l'espace, et plus les résultats obtenus risquent d'ofirir un intérêt linguistique et même philosophique.

Il est notable par exemple que certaines langues romanes

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