ÉTUDE RÉALISTE DES FAITS DE SYNTAXE
Composer une grammaire où les faits seraient étudiés exclusivement « non d'après l'ordre des signes, mais d'après l'ordre des idées » (Bally) est une utopie dangereuse pour quiconque n'a pas été rompu au préalable à l'observation objective des langues.
Cette tendance, que des recommandations illustres risquent de propager pour la plus grande confusion des études linguistiques, a une origine des plus honorables : le désir d'arracher la science grammaticale à la routine, où certains esprits étroits la confineraient trop aisément. Louable par l'intention qui l'inspire, la méthode « logique» ne peut qu'entraver le progrès de la science. Ce serait une illusion de croire qu'en faisant passer au second plan toute observation directe des phénomènes concrets du langage, on puisse arriver à en rendre compte scientifiquement.
Et le meilleur antidote qui puisse être conseillé contre l'invasion de ce fâcheux état d'esprit, c'est la lecture et la méditation d'ouvrages nourris de faits : la monumentale Histoire de la Langue Française de M. Ferdinand Brunot, est heureusement de ce nombre.