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LA PENSEE HT LA LANGUE

« nominal » ou « représentant » le remplace. Par contre on intronise « proadjectif {elle est plus heureuse que je ne le suis : cf. p. G}^ 173, 673, etc.). La ci-devant « proposition elliptique » devient dans la nouvelle nomenclature une « proposition à forme réduite « (p. 17). Les verbes « neutres » de l'Ancien Régime, qui avaient déjà passé la main aux « verbes intransitifs », lesquels s'opposaient le mieux du monde aux « verbes transitifs », cèdent la place aux (' verbes subjectifs » en contraste avec les « verbes objectifs » (p. 294). Dans l'homme propose et Dieu dispose, les anciennes grammaires disaient que propose et dispose étaient des « verbes transitifs employés absolument » : on dira désormais que ce sont des « verbes objectifs sans complément » (p. 315). Il n'y a en tout cela pas grand'chose de changé.

La faune grammaticale semble s'augmenter de quelques espèces nouvelles : les « présentatifs » : voici, voilà Çp. 617) ; « les hauts, les bas, les moyens degrés » (p. 682). Parmi ce nouveau gibier de tout poil, l'œil le moins exercé reconnaît le lièvre et le lapin traditionnels : adverbes et particules démonstratives, comparatifs, superlatifs...

Mais laissons la question de terminologie, qui est d'un intérêt relativement secondaire, et allons au fond de la théorie.

La plupart des exemples que nous venons de citer montrent que les vieilles catégories d'Aristote ont la vie dure, puisque, malgré le coup qui devait les abattre, ou pour le moins les faire passer au deuxième plan, elles reparaissent en bonne posture, indispensables, dans le cadre de la nouvelle classification.

L'auteur nous dit bien que « tout l'eftort d'analyse doit porter moins sur des classifications formelles que sur l'intelligence exacte du rôle joué par les éléments de la phrase » (p. 28). Mais d"un bout à l'autre de son livre il est obligé de recourir à ces classifications formelles. Il a

beau partir des notions logiques générales telles que celles d'être, de chose, d'idée, de sexe, de fait, d'action, de circonstance, etc., il est ramené nécessairement à distinguer des entités grammaticales telles que les noms et les verbes, les genres et les nombres, les propositions et les phrases, etc. C'est ce que nous avions prévu (v. p. 438)

Bien plus, il reconnaît que « la notion de voix ne peut être abolie : ...aimer et êlre aimé, dit-il, vaincre et être vaincu, examiner et être examiné sont à l'opposite » (p. 361, 371). Et, par là, sa doctrine en est exactement au même point que celle de Diomède ou de Charisius.

Il distingue 1' « action », son « agent », son « objet », ce qui, chacun le sait, n'est pas une nouveauté transcendantale : Feau dissout le sucre. Mais, pour rendre compte de Je sucre est dissous par l'eau, il doit bientôt revenir à la notion de « sujet ». Logiquement, ces deux propositions ont la même valeur: mais grammaticalement elles diffèrent, et c'est justement le changement de sujet qui provoque cette différence, laquelle est essentielle, en ce qui concerne, sinon la « Pensée », du moins le « Langage ». Un tel exemple, entre cent,^ montre combien il est nécessaire, si l'on veut rendre compte d'un fait de langue, de partir, non de la conception logique et abstraite des choses mais de l'élément formel et concret qui les exprime.

« On s'étonnera peut-être, observe l'auteur, de me voir conserver cette catégorie purement grammaticale [du sujet]. A quoi je répondrai que mon but n'est nullement d'abolir l'ancienne méthode, mais d'en créer une. Pour qu'elle soit exacte, il faut qu'elle se soumette rigoureusement aux faits, aux faits grammaticaux comme aux autres. Or le sujet n'est pas une création de l'analyse, c'est une réalité de la parole... Essayer de la remplacer ou de la supprimer serait vain et trompeur » (p. 227).

Ainsi donc « la méthode libératrice » (p. xxiv), qui se proposait de jeter à bas résolument tout l'édifice de la

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