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EFFETS DE LA RECOXQUISTA

dez Pidal établit, par des rapprochements historiques minutieux, 1° : que les aires linguistiques modernes ne sont en aucune manière sous la dépendance des conditions de géographie politique, économique etc., dans lesquelles se trouvait l'ancien comté de Ribagorza ; 2° : qu'il n'y a pas davantage de lien réel entre la répartition actuelle des faits linguistiques et la géographie ou l'histoire de l'évéché de Roda, lequel s'est formé au x^ siècle seulement, détaché des diocèses de Huesca et de Lérida, et a présenté depuis, particulièrement au xii^ siècle, sous la pression d'événements plus ou moins passagers, une grande mobilité dans remplacement de ses frontières.

Partant du double principe que, d'une part, la coïncidence des différentes limites linguistiques résulte en général d'un choc de langues ou de dialectes ayant conscience de leur diversité réciproque, et que, d'autre part, l'isolement et la diffusion des limites dialectales sont dus à des irradiations partielles des phénomènes de langage dans des milieux linguistiquement assez homogènes, M. Menéndez Pidal a montré que la dispersion des frontières d'isoglosses au nord, vers les Pyrénées, remonte aux anciens temps de la roman isation. Au contraire la convergence progressive des lignes vers la région méridionale doit être interprétée comme le résultat direct de la Reconquista, laquelle a provoqué un appel de population et un mouvement d'émigration dans la direction Nord-Sud, de telle sorte que, à partir de la contrée située entre Barbastro et S. Esteban, on peut parler de l'existence d'une véritable frontière linguistique séparant le catalan de l'aragonais. A l'enchevêtrement des traits et à l'union intime du nord, s'opposent la séparation nette et la juxtaposition brutale du sud (v. fig. 41).

Des taits analogues que l'on constate à l'ouest de la Péninsule, entre les domaines léonais et portugais, au nord et au sud du Douro, semblent demander une explication identique (v. Menéndez Pidal, Rev ista de Archivas, ^i, 1906, p. 132-3).

488 XV. LlNGUISTiaUE ROMANE ET SCIENCES CONNEXES

La Péninsule ibérique se trouve, en vérité, dans des conditions particulières en raison des 'événements qui s'y sont déroulés, à date historique, depuis les invasions sarrazines. Mais tout historien ou linguiste étudiant un autre domaine peut mettre à profit l'exemple topique qui précède, et qui montre combien est étroit le lien entre la linguistique et l'histoire.

Les rapports de la sociologie et de la linguistique ne sont pas moins intimes. S'il est une vérité qui a été bien mise en lumière par M. Meillet et par son école, c'est que le langage est un fait social et que les phénomènes d'ordre linguistique, tant dans la diachronie que dans la synchronie, s'expliquent en principe par des faits sociaux. L'action des anciens substrats et le mode de propagation des vieilles langues communes, l'influence des grands mouvements de population, que nous venons d'esquisser en quelques traits pour une ou deux parties du monde roman, d'après les données de l'histoire, entrent d'ailleurs dans cette catégorie.

Mais faire l'étude dynamique d'un idiome en fonction des faits sociaux capables de les expliquer, et tels qu'on peut les connaître dans le présent ou dans un passé récent grâce aux statistiques et autres documents précis que les sciences politiques et économiques mettent à notre disposition, est une entreprise offrant pour la science d'autant plus d'intérêt qu'elle risque d'être fondée sur des données plus exactes.

H faut prendre garde toutefois que, malgré leur proximité dans le temps, malgré les facilités documentaires, prometteuses de précision qu'ils nous offrent, les faits modernes, d'ordre sociologique, sont, en raison de leur complexité particulière, moins aisément accessibles à une saine interprétation qu'on ne peut le supposer de prime abord.

L'idée d'étudier les changements d'un idiome populaire, et en particulier le phénomène de l'emprunt des normes

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