‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 2 sur 149 · APERÇU GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

APERÇU GÉNÉRAL

« Si les romanistes désapprouvent l'explication contenue dans le présent article, nous saisissons le lecteur nonromaniste de l'affaire en litige » {Faillite, 49). Comme il s'agit dans l'espèce de savoir si les verbes français /nVg et férir ont pu se confondre formellement et se porter ainsi préjudice dans leur vie sémantique et morphologique, il ressort de cette citation que l'auteur ne fait pas grand fond sur le bon sens et la perspicacité des romanistes.

IJSTH DES l'KINClPAI.ES ABRÉVIATIONS BIBLlOGRAP.IiaUE:

Ab. ou Abeille —=]■ Gilliéron, Généalogie des mots qui désignent l'Abeille d'après l'Atlas linguistique de la France, Paris, Champion, 1918. — Aire " clavellus" ^^5- Gilliéron, L'aire " clavellus" d'après l'Atlas linguistique de la France, Neuveville, Suisse, 1912. — AL. ou Atl. ling. = J. Gilliéron et E. Edmont, Atlas linguistique de la France, Paris, Champion, 1902, suiv. — Arch. glott. = Archizio glottologico Ilatiano, Turin, depuis 1875. — Bertoui, It. dial. z= Ilalia dialettale, Milano, Hoepli, 1916. — B. Hi^p. =z Bulletin hispanique, Bordeaux. Paris. — Blo. ou Bloch, Atl. = Oscar Bloch, Atlas linguistique des Vosges méridionales, Paris, Champion, 1917. — Blo. ou Bloch, Ko. ^du même, Les parlers des Vosges méridionales, ib.. 1917.. — Bourciez, i/fw. =: Eléments de linguistique romane, Paris, Klincksieck, 1910. — Bruneau, Lim. =^ C. Bruneau, La limite des dialectes uallon, champenois et loi rain en Ardenne, Paris, Ch.Tmpion, 1913. — Bruneau, Pho. :^ du même-Etude plionétique des patois d'Ardenne, ib.. 1913. — BDC ^^ Butlleli de Dialectologia catalana, Barcelona. — BSL ou B.S.L.z^ Bulletin de la Société de Linguistique de Paris, Champion, Paris. — Cantar v. Pidal. — Et. dial. l. ~- G. Millardet, Eludes de dialectologie landaise, Toulouse, Privât. 1910. — Et. g. ling.^z'^. Gilliéron et Mario Roques, Eludes de géographie linguistique, Paris, Chailipion, 1912. — Faillite ^= j . Gilliéron, Lu Faillite de l'étymologie phonétique. Neuveville, c"° de Berne, Suisse, 1919. — Grammont, iJm. = La Dissimilation cottsonantique dans les langues indo-européennes, Dijon, 1895. — Gramraont, Traité prat. ou Tron. fr. =: M. Grammont, Traité pratique de prononciation française, Paris, Delagrave, 2' éd. [1921% — Meillet, Ling.=^ Linguistique historique et linguistique générale, Paris, Champion, 1921. — Meyer-Lubke, Gr . /. rom . z:z Grammaire des langues romanes, trad. fr. 4 vol., l'aris, 1890-1906. — Meyer- Liibke, REJV ou Rom. et. JVôrl. ^^ Romanisches Etymologisrhes IVërIerbuch, Heidelberg, Winter, 1911-1920. — MSL ou M.S.L, de — Mémoires delà Société linguistique de Paris, Paris, 1868, suiv. — Navarro, Pron. esp. ^ T. Kavarro Tomàs, Manual de Pronunciacivn espafiola, Madrid, 1918. — Path, ^^ J. Gilliéron, Pathologie et Thérapeutique verbales, Paris, Champion,

MlI.LARDET. I

Inaptes à porter un jugement sain sur des questions qui sont cependant essentiellement de leur ressort, incapables par ailleurs d'éprouver quelque étonnement scientifique devant les faits obscurs du langage {Faillite, 89), habitués à étudier ces faits avec une extrême légèreté {Abeille, 33) et à donner, en face de certains problèmes, le fâcheux « exemple du grand déploiement et de la vanité de leurs efforts critiques » {ib., 115), condamnés d'avance à se fourvoyer s'ils s'aventurent dans Y Allas lingnispqiœ de la France et s'ils se hasardent à en interpréter les données, accusés enfin, ce qui est plus grave, d'arranger les faits à leur guise ou du moins de ne savoir trouver de « lois » et de « la régularité phonétique » que « dans les matériaux recueillis par eux-mêmes » {ib., 11), les linguistes « nongéographes », les « doctes romanistes » {Faillite, 132), sont représentés comme des travailleurs à la fois candides et peu scrupuleux, esclaves de la routine, et dont tout l'horizon serait borné par quelques piles de manuels et de dictionnaires.

Ainsi malmenés par les « romanistes géographes », les romanistes tout court sont à peine mieux traités par l'école linguistique française qui se réclame de Ferdinand de Saussure.

Depuis de longues années, et déjà bien avant la guerre, M. Maurice Grammont non seulement déploie sa verve

L n, 1915, III et IV, 1921 [ces deux derniers n'ont pu être utilisés que sur épreuves]. — Pet. atl. ^^ MillarJet, Pelil allas linguislique d'une région des Landes, Toulouse, Privât, 1910. — Pidal, Canlar ou Cid ~=- R. Mencndez Pidai, Cantar de Mio Cid, Texlo, gramdticà y vocahulario, 3 vol., Madrid, 1908-1911. — ■ R. dial. rom. -= Revue inlernalioiiale de dialectologie romane, Bruxelles. — Rec.a.i l. ^=^ Millardet, Recueil de textes des anciens dialectes landais, Patis, Champion, 1910. — RLR ou RL.R. ou R l.r. -.^ Revue des Langues Romanes, Montpellier. — Rev.phil.fr. = Revue de philologie française et de littérature, Paris, Champion. — Rom. = Romania. — de Saussure, Ling. gén. := F. de Saussure, Cours de linguistique générale, Lausanne, Paris, Payot, 1916. — Staaf, Sa. — Erik Staaf, Etude sur l'ancien dialecte léonais d'après des chartes du XII b siècle, Uppsala, Almqvist, Wiksell, 1907. — Terracher, .i4i>« = Les aires morphologiques dans les pailers populaires du nord-ouest de l'Angoumois (1800-1900), Paris, Champion, 1914 : Appendices, ib., 1912. — T &r\Ac\\eT , Ailes ^= du même Aires morphologiques, etc.: Atlas, ib., 1914. — Thérap.v. Path. — Thomas, Ess. = A. Thomas, Essais de philologie française, Paris, Bouillon, 1897. — Thomas, N. Ess. =^ du même. Nouveaux essais, ib., 190$. — Zeii.f.r .Phil. -^ Zeitschrift fiir romanischc Philoiçgie, Halle, 1877 suiv.

CRlTiaUES 5

amusante contre « les jeunes romanistules », « frais émoulus du séminaire » (i?. /. /., LIV, loi) dont tout le mérite consiste à savoir découper en petites tranches, pour les mettre en note au bas de leurs éditions, les compilations indigestes de leurs maîtres d'Outre-Rhin, mais il s'en prend encore à certains « philologues » de chez nous, qui « vivent claquemurés dans leur petit domaine, assez semblables à des prisonniers enfermés dans une maison dont on aurait bouché toutes les fenêtres, ne pouvant recevoir de lumière que d'en haut » (ibid., LV, 107). Il n'épargne point non plus ceux « qui. construisent leur petite géographie linguistique avec les œillères d'un cheval de noria », ni d'autres enfin, gens à courte vue, étudiant les langues romanes sans aucune idée générale, sans aucun fil conducteur, et mettant toute leur application et toute leur gloire à classer les faits du langage « d'après le principe qui consiste à vider des tiroirs pour remplir des casiers » (Jb., 120).

« Les romanistes, écrit de son côté M. A. Meillet (JB. S. L., XXI, 230), imitent trop souvent la grammaire comparée des langues indo-européennes par ses mauvais côtés. En matière d'indo-européen, on est obligé de juxtaposer des études sur toutes les langues du groupe, parce que c'est lé seul moyen qu'on ait de restituer en quelque mesure la langue initiale... Les romanistes, qui ont toutes sortes de données pour poser le roman commun, se sont exercés à mettre sous une même couverture des renseignements se rapportant à des développements distincts. »

Ainsi donc, les romanistes ont réussi la gageure de morceler à la fois l'étude des langues néo-latines et de confondre ces langues pêle-mêle au mépris de la logique et de l'histoire. Voilà en vérité de bien piètres ouvriers !

II faut avouer qu'une partie de ces critiques est fondée, et l'on verra au cours de cet ouvrage dans quelle mesure. Les procédés surannés du romanisme s'étalent encore en

maint chapitre de certain Gniiidriss ; et même hélas ! plus d'un ouvrage paru ailleurs qu'à Tétranger jusque dans ces toutes dernières années n'est pas exempt des défauts signalés ci-dessus.

Mais, n'en déplaise aux censeurs, l'œuvre du romanisme reste malgré tout considérable. Et même l'on peut affirmer sans exagération que la science du langage est redevable aux romanistes d'une bonne partie des progrès qu'elle a réalisés depuis un demi-siècle. '

Dans aucun des autres domaines linguistiques, la somme des vérités établies d'une manière scientifique n'est peutêtre aussi importante que dans le domaine roman. L'inventaire de ces acquisitions est dressé dans des ouvrages de valeur. Les Eléments de linguistique romane -de M. Bourciez (Paris, Klincksieck, 19 lo), où l'auteur a distingué fort heureusement une « phase romane primitive » des développements postérieurs propres à chaque idiome, échappent par cela même au reproche de M. Meillet, tout en ne justifiant qu'en apparence et d'une manière tout extérieure celui de M, Grammont. Ce manuel clair, d'une concision bien française, tout plein de faits précis, historiquement contrôlés sur u-ne étendue d'une vingtaine de siècles, interprétés avec une sûreté rarement en défaut, soutient la comparaison avec n'importe quel manuel similaire consacré à d'autres langues ou familles de langues connues. Et, d'autre part, l'on peut dire que le Romanisches elyniologisches IP^drterbucbdQce grand savant qu'est M. Meyer- Lûbke (Heidelberg, Winter, 1911-1920) offre une liste imposante d'étymologies vraiment définitives, et dont on ne trouverait pas l'équivalent numérique dans les dictionnaires étymologiques les plus sérieux, consacrés aux langues les plus classiques et les mieux étudiées, le dictionnaire de Boisacq, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Heidelberg et Paris, 1907 suiv., celui de Walde, Lateinisches etymologiscbes Wortcrhuch, Heidelberg, Winter, 19 10, et

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