L ŒUVRE DU ROMANISME
celui de Kluge, Elxiiiologisches Wôrterbuch dcr âeutschen 5/)/W;^, Strasbourg, 1881 puis 1884, etc.
Ces résultats, que nul ne peut nier sans parti-pris, ont pu être obtenus grâce aux circonstances historiques qui nous ont conservé de nombreux monuments du latin, la langue mère. Mais ils sont dus surtout à l'excellence de la méthode qu'ont appliquée dès le début Diez et les fondateurs de la linguistique néo-latine, ses successeurs.
Diez, puis Gaston Paris, Paul Meyer, Ascoli, d'autres encore parmi les initiateurs, n'ont fait que transporter dans l'étude des langues romanes les procédés de recherche auxquels la grammaire comparée des langues indo-européennes doit ses belles découvertes.
Cette méthode, qui est bien connue, et dont les principes ont été magistralement exposés par M. A. Meillet dans son Introduction à Vétiide comparative des langues 'indo-européennes (Paris, 190^, puis 1908, etc.), a consisté, lorsqu'elle a été appliquée aux idiomes issus du latin, à établir les concordances phonétiques, morphologiques et syntaxiques de ces idiomes et à expliquer ces concordances en restituant la forme commune primitive.
Le sarde tv, le roumain en, sicil., prov., port, eu, l'ital. io, franc, dialectal de l'ouest /, l'esp. yo, béarn. yu, le cat. prov. jo, fr. joii, je, etc. nous obligent à remonter, si nous voulons expliquer ces formes si diverses, non point au latin classique ego mais à une forme plébéienne eo, dans laquelle, suivant les époques et les lieux, un accent secondaire a affecté tantôt Ve tantôt Vo (eo, eo), comme il est arrivé vers les mêmes temps pour d'autres pronoms, ïllJ par exemple : cf. v£r. // et //.
Ce qui caractérise cette forme vulgaire, c'est l'absence du 0^ : le cas de eo, comparable au cas sans doute parallèle de béotien '.o)(v) en regard de gr. i-(i<)Ç'/), s'explique vraisemblablement par l'influence de la proclise, soit à la suite d'une réduction brusque ayant abouti à cette « forme abré-
gée » (cf. esp. Usled <C vuestra merced), soit en vertu d'unaffliiblissement progressif de la consonne intervocalique particulièrement faible dans un mot accessoire sujet à Pusure, et avec des étapes intermédiaires présentant un g spirant, peut-être palatal mais plus vraisemblablement vélaire.
Quoi qu'il faille penser du procès exact de cette transformation phonétique, la forme eo, restituée par la paléontologie comparative, a été historiquement identifiée dans des manuscrits dont certains remontent au vi= siècle (cf. Schuchardt, Vok., I, 129), ce qui, vu la rareté relative des documents plus anciens et la persistance bien connue des graphies traditionnelles, nous autorise à admettre l'existence de <?o dès l'époque reculée qu'on peut appeler l'époque du roman commun.
Souvent la comparaison nous amène à restituer, non une forme unique ayant existé en roman primitif à l'exclusion de toute autre, mais une forme qui offrait déjà des variantes à l'époque commune.
Ainsi l'adjectif-pronom indéfini marquant l'identité se présente dans les langues romanes sous des aspects divers dont les rapports réciproques et l'origine ont été assez mal débrouillés.
Dans son Romanisches etymologisches Wôrterbiich, n° 5 5 5 1 , M. Meyer-Lûbke distingue: i" prov. medeis, meteis, cat. mateix, ineseix ; 2° v. fr. wedesme (d'où, par emprunt, it. medesimo, v. sicil. inidesini etc.), meesnie(^d'où, par emprunt, 'v. esp. port, vtesmo), meisme, [qui aurait subi l'influence des mots savants tels que septime, Gram. l. rom., I, 126] (d'où, par emprunt, v. piém. 7iieismo,^sp. mismo), prov. medesme (d'où, par emprunt, v. esp. itiedesmo).
S'il est bon, comme le fait M. Meyer-Lubke, en partie à la suite de ses prédécesseurs, et s'il est même indispensable, de dériver la série i du latin *metipse (sorti, par fausse coupe, de egomet ipse, que blâmait Donat, (te)met ipsum.