LA MÉTHODE GEOGRAPH1Q.UE
superposition comporte toujours la confrontation de deux fiiits au moins. 11 est vrai que ce qui est comparé, ce ne sont pas essentiellement les faits eux-mêmes, |comme cela se produit dans le comparatisme classique, mais bien la répartition géographique de ces faits.
Le plus souvent l'application du critérium de la superposition exige la mise en œuvre de plus d'une carte linguistique. Il arrive cependant qu'on puisse suivre sur une seule et même carte, intéressant un seul et même mot, deux faits différents. La chose n'est pas rare dans le domaine de la phonétique, comme le montreront les exemples allégués plus loin (chap. vu).
L'on peut donc dire qu'en se servant du critérium de la superposition des aires, l'école géographique n'a fait que recourir à une méthode déjà existante. Mais, en multipliant les points de repère, elle a apporté un décisif perfectionnement .
La confrontation des limites de faits quand on peut dresser ces limites, est plus instructive encore que la comparaison pure et simple des faits géographiquement isolés.
Il est manifeste que la force démonstrative de la méthode géographique est en raison inverse du nombre et de la grandeur des solutions de continuité qui séparent les différents points où des documents linguistiques ont été recueillis.
A l'enquête que M. Edmont a menée dans toute la France, on doit attribuer le mérite d'être la plus minutieuse et la plus méthodique qui ait jamais été entreprise sur une vaste étendue de pays. Mais elle est loin d'être parfaite.
Et l'on peut concevoir un atlas linguistique, fruit d'une exploration complète du territoire. Les théories linguistiques fondées sur l'examen de cartes constituant un tel atlas, seraient sans doute inattaquables. Le point faible de
LACUNES DE LA METHODE GEOGRAPHiaUE 53
certaines constructions de la géographie linguistique actuelle réside principalement dans les lacunes de la documentation géographique.
Un grand nombre de faits importants ont échappé aux investigations des auteurs de l'Atlas.
Ainsi l'imparfliit de l'indicatif et le conditionnel qui sont aujourd'hui en -a dans toute la partie centrale de Iji région ardennaise, c/û! « était y>,fala « fallait »,/ra « ferait y>,plura « pleuvrait », etc., et qui s'expliquent par la réduction d'un ancien -lua, èhua, etc. (cf< Bruneau, Phon., 109), sont sans exemple dans V Atlas linguistique de la France. Celui-ci n'offre que -iva, ce qui donne une idée inexacte d'un développement morphologique'qui a de l'importance. Dans le sud-ouest, il a été déjà noté(^Rev. dial. rom., I, I46)que l'enclave, située aux environs de Plaisance (Gers), et où Va final latin s'est maintenu et n'est point passé à-oou à -ê, est restée ignorée des auteurs de V Atlas. L'omission est regrettable, car le fait est intéressant pour l'histoire de cette évolution caractéristique de la phonétique méridionale. La région de Plaisance, comme celle de Montpellier, est un îlot que n'a pas encore submergé l'innovation de date relativement moderne. On voudrait pouvoir embrasser d'un coup d'œil sur la carte la situation de ces îlots et repérer leurs limites exactes.
Qu'il s'agisse d'étudier des faits phonétiques de ce genre, des faits morphologiques, lexicologiques ou n'importe quels faits linguistiques, une application correcte des critères de configuration géographique ou de superposition des aires exige l'utilisation de cartes à la fois aussi détaillées et aussi étendues que possible.
La documentation idéale serait un atlas où l'on aurait consigné les résultats d'une enquête menée sur un territoire très vaste et au cours de laquelle toutes les agglomérations humaines un peu importantes, toutes les communes, par exemple, auraient été visitées.