COMBINAISON DES MÉTHODES
tiqm de la France, que M. Gilliéron a eu le tort de négliger dans son étude sur le nom du « coq », sera à la base de notre démonstration (v. fig. 5, p. 47, et 7, p. éo).
Le nom du « perdreau » se présente dans le Sud-Ouest sous quatre formes principales : perdigql (respectivement perl-), perdigat, perdigql, perdigqut.
L'étymologie de ces formes devrait sauter aux yeux : elles offrent une combinaison de perdrix et de gallus ou du dérivé *gaUius, avec l'aspiration régulière puis Tamuissement de 1'^ finale devenue intérieure devant consonne sonore. Le « perdreau », c'est la « perdrix-coq », et perdigal, etc. n'ont rien à voir avec le *perdicalein qui est supposé dans le Dictionnaire général comme base de fr. perdreau, perdrial, etc.
La comparaison des cartes « coq » et « perdreau » de l'Atlas linguistique de la France lèvera tous les doutes, si on doit en émettre sur la justesse de notre étymologie. La phonétique du « perdreau » va de concert avec celle du « coq ». La chose mérite d'être suivie dans le détail. Perdigat entre autres est inexplicable par *perdicalem, et sa répartition géographique assure que le -t final est le représentant authentique d'un -// final primitif, ainsi qu'on ne va pas tarder à en être convaincu.
En effet la forme perdigal, qui a été notée aussi perdigay, -aey, -ae par M. Edmont, se trouve non seulement à Sauveterre-de-Béarn-69r, mais dans la plus grande partie du Béarn et des Landes (voir Atlas linguistique, ioq2; Pet. alL, 305 ; Lespy et Raymond, v° perdigalJj), c'est-à-dire là où le « coq » est rendu par ha-^an <C phasianum : 664-'), 657, 674, 667, 680-6, 691, 693-4.
La présence de perdigal dans cette aire haian <Cphastaniim montre que haian « coq » peut fort bien n'avoir pas supplanté partout directement un gat « coq » (voir plus haut, p. 47-8). Le mot ha^an « coq » a pu pendant plus ou moins longtemps avoir à lutter avec un dérivé de gallum, soit
m. CONVERGENCE DES METHODES
.?('[ < *g(iUimn soit galo <Z *galliaiii [hestimn], lequel gah est indiqué par V Atlas Uuguistique comme s'étant maintenu
FiG. 7.
« Perdreau » dans le S. -Ouest de la France (schéma) v. fig. 5, p. 47.
Les numéros soulignés marquent l'emplacement de formes d'importation récente. A B ^ limite orientale de hot <^ coUum.
à l'état d'ilot vers Sauveterre-de-Béarn-é9i et est attesté plus largement encore par la lexicographie locale.
Mais il V a mieux. Là où gat « coq », entré jadis en conflit avec son homonyme gat a chat », comme M. Gilliéron l'a parfaitement montré {Et., 121), a été remplacé par kegey <^vicarium, la présence de perdigat (au point 650) nous permet d'affirmer qu'en ce point au moins gallum a persisté jusqu'à nos jours. Il a persisté justement dans ce composé perdigat, son accouplement avec perdicem l'ayant préservé de toute confusion homonymique axecgat « chat ».
Phonétiquement, gat « coq » et gat « chat » étaient exposés à une confusion totale. C'était la mort sans phrase pour l'un des deux mots au moins, ou bien alors il n'y a plus de géographie linguistique. Mais gat « chat » et perdi-
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gat « perdreau » étaient différents, si différents que les étymologistes les plus avisés — j'entends ceux qui fondent leur science uniquement sur la géographie — ne paraissent pas avoir soupçonné le rapport invisible mais très réel qui unit dans le Sud-Ouest les noms de ces trois animaux : le chat, le coq et le perdreau.
La même raison a permis à perdigat de se conserver dans l'aire gasconne de put <ipullum « coq », à savoir aux points 659, 668, 669, 678, 687-9, 695, 697, 780. Dans cette région, perdigat « le perdreau » a pu jadis faire bon ménage avec gat « le chat », quelle que soit d'ailleurs l'ancienneté relative de cette aire pullum. Ici perdigat a eu plus ou moins à lutter avec la forme dérivée perdigaL
Il en a été de même pour les deux points 676 et 648 de l'aire haïai'i oii perdis^at a pu se maintenir sans difficulté.
Mais le fait capital, et qui domine toute notre démonstration, c'est que la forme avec -t final, perdigat, attestée elle aussi par Lespy, ne se rencontre qu'à l'intérieur du domaine gascon, c'est-à-dire dans la région où -// de colliini, par exemple, aboutit à -/, à l'ouest de la ligne A B de notre schéma, d'après V Atlas linguistique de la France (carte 320; voir sur cette limite en dernier lieu Fleischer, Studien ■{iir Sprachgeographic der Gascogne, Halle, 191 3, 52-7 ; carte 4).
Le point 659, où colluni n'est pas /co^ ne fait exception qu'en apparence, puisque par exemple pullum y est représenté par put, et que Beaumont-659 ^^^ t)ien situé dans le domaine linguistique gascon (v. Fleischer, op. cit., carte 4). C'est donc hot, et non perdigat, qui y fait vraiment exception. La seule exception véritable est perdigat à Sainte- Livrade-637, qui est nettement en dehors, quoiqu'en bordure, du domaine de -// >■ -t. Mais cette exception s'explique aisément par un emprunt à la zone contiguë. Cet emprunt est manifeste et d'autant plus naturel que le suffixe -fl/ <^-atum est normal dans la région.
Partout ailleurs, à l'extérieur de la frontière gasconne, perdigat cède la place à penlignl ou perdigim(t).
Notre interprétation, fondée sur l'application du principe de superposition géographique, confirme, — en était-il besoin ? — les vues de M. Gilliéron sur la généalogie des noms du coq dans le sud-ouest de la France.
La coïncidence des aires tend à montrer de plus que gai dans le Sud-Ouest a été, à côté de ha:(an, et peut-être concurremment avec put <ipnUu)ii,\.\\\ des premiers moyens de défense contre vlx\ gat « bisémantique », ou pour parler un autre langage, un premier remède contre la gène qui résultait de l'homonymie de gai « coq » et de gat « chat ». En effet, et ceci encore est capital, si l'on fait abstraction du domaine rcAissillonnais où 1'/ mouillée s'explique comme le résultat de l'évolution phonétique de 1'// de gallum, perdigal <Cperdiccin + *galli!iii!, reste confiné dans le domaine gascon de / ■< // (une seule exception en Hsière du domaine à 750), c'est-à-dire dans la région où gallum > gai causait une gène sémantique. Ha:!;afi, put ont triomphé de gai dans la majeure partie du domaine, parce qu'ils étaient plus dift'érents encore de gat. Suivant l'expression chère à M. Gilliéron, ils constituaient un « procédé thérapeutique » encore plus efficace.
A Sauveterre-de-Béarn-691, la forme galo, sinon par sa voyelle finale, du moins par son / mouillée, nous apparaît donc comme ancienne. Limité aux seuls documents qu'il avait mis en œuvre dans son étude sur le nom du « coq », M. Gilliéron agissait sans doute prudemment en hésitant à considérer ce galo commo. « autochtone ». Mais en faisant intervenir la géographie du mot « perdreau » et en appliquant les critères favoris de la géographie linguistique, nous pouvons affirmer que, dans les Basses-Pyrénées et dans les Landes, les formes gai, galo « coq » ne le cèdent guère en antiquité au préhistorique gat « coq », dont la géographie linguistique nous avait révélé l'existence.