‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 4 sur 149 · LA MÉTHODE COMPARATIVE · texte numérisé non relu

LA MÉTHODE COMPARATIVE

Qc))net ipsuni), et de tirer la série 2 de *metipshnnm (sorti, par fausse coupe, de (^se)met ipsininui^, on admettra par contre difficilement qu'un adjectif indéfini ait passé, par voie d'emprunt, du français et du provençal, dans presque toutes les langues romanes. Cette interprétation, invraisemblable en elle-même, soulève plusieurs graves objections.

Disons tout de suite que la difficulté des formes romanes est moins dans le consonantisme que dans le vocalisme. Les formes sans d du vieil espagnol s'expliquent aisément par la survivance de la prononciation étymologique, où le t est traité comme final de mot: la forme vtcdipsum, si elle est bien attestée chez Pétrone, comme le veut M. Meyer- Lubke(La/. Sprache, Grôber, Grundr., 484), est un témoignage ancien de ce traitement. Quant aux formes romanes qui ont-/-(prov. nieteis, cat. maleix, etc.), elles reposent, à notre sens, sur un *iuctiipsimum, dû à une réaction contre l'effacement du -/- résultat de la tendance précédente. C'est une sorte de doublet dû à la gémination expressive : lat. littus : Utus, Jittera: litera, etc., phénomène si fréquent en latin vulgaire : acqua : aqua, cappo : capo, etc., et particulièrement compréhensible dans un mot marquant l'identité.

Mais c'est le vocalisme qui offre la véritable difficulté : sur ce point l'explication de M. Meyer-Lùbke se heurte aux faits historiques.

En eftet M. Espinosa {Metipsinuts in Spanish and French, in Publ. 0} the Mod. Lang. Assoc. of America, XXVI, 2, 356-378) a montré que les formes en e et en i alternent de très bonne heure l'une avec l'autre aussi bien en vieil espagnol qu'en vieux français. Le français possède : A : medisme, dès le xi'^ siècle, assonant avec peitrine, ledisse, riches, etc., S aifit- Alexis, 108 d ; wim/»^ assonant avec /^«zV, mie, etc., Roland, éd. Stengel, 204 ; B : medesme, meesme dès le XII* siècle, Libri Psalmorum, Versio antiqua gallica, 83, 98, 128, etc. Ps. Oxf., 78.

I/espagnol offre de son côté les formes suivantes : A : meïsmo dont les trois syllabes et l'accentuation paroxytonique sont assurées dès le xiii^ siècle par Berceo, S. Dom., 78 a, meismo : Christianysmo : sofisnio : baptisnio ; d'autre part iiiisino, dès le xii' siècle, assonant en / avec venido, ricos, etc. (Cantar de Mio Cid, 847) et attesté en léonais vers la même époque. B mesniOy assonant au xiii^ siècle avec cabeças, espesas, etc. (Alex., 1177).

De même, tandis que A le vieux gallicien connaît au , XIII* siècle niiis)iio (Fiieros iiiini. de Santiago, 277), B le vieux portugais a meesmo (Texi. port, du \\\" s., Cornu, Rom.^ XI, 364, etc.), d'où port. mod. niesmo.

Un tel historique écarte absolument toute hypothèse d'emprunts généralisés, soit au français soii au provençal. Aussi M. Espinosa a-t-il pensé que la dualité des formes en e et / remonte à l'époque latine. Il suppose un *metipsimiim à côté de menpsimiim.

Cette explication demeure une hypothèse gratuite tant qu'on n'a point fourni d'autre preuve de l'existence d'un î dans ce mot.

En effet 1'/ semble avoir été toujours bref dans lat. class. îpse, qui est formé soit du thème nu */- (cf. ace. )-m : si imoccisil, XII Tab.,YlU., 11), soit plus vraisemblablement de h, avec, dans un cas comme dans l'autre, adjonction d'une particule -pse: cf. eapse, eitmpse. eanipse, eôpse, eâpse et reapse (v. Kretschmer, Dt. Lit. Zeit., 1894,70). Quant à h, il est bref partout, sauf dans les exemples isolés de la Lex Repetundarum, où on lit plusieurs fois eis, vieille forme de nominatif, disparue, analogique du génitif ei-jits. L'î de Ipse <C *ïspse, n'a pas éprouvé d' « allongement compensatoire «, comme celui de idem <C ïsdeni. En effet le cas est bien différent. La chute de Vs ne se produisant en latin que devant consonne sonore (cf. dhpotio, displico mais dîvello, divido^, *ispse n'a pu devenir ïpse que pour des raisons particulières. Il est peu vraisemblable que l'^ soit tombée par

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