‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 30 sur 149 · UTILITE DE PARTIR DU LATIN · texte numérisé non relu

UTILITE DE PARTIR DU LATIN

hypothèse, on risque le plus souvent de marcher à l'aventure.

La connaissance du roman commun, telle que la comparaison des langues littéraires et des principaux dialectes historiquement attestés nous la procure, toute provisoire et perfectible qu'elle est, doit être considérée comme la boussole dont les gens avisés ne manquent pas de se munir, et qui leur a épargné plus d'un naufrage.

Et lorsque les romanistes découvreurs de vérités nouvelles, enfin sortis de l'ancien territoire des Gaules, voudront s'engager dans l'immensité de l'Europe romane, bien loin de posséder dans la géographie linguistique le phare tout-puissant capable d'éclairer à lui seul leur route, ils devront, sous peine de mésaventure, consulter plus fréquemment que jamais la vieille et modeste boussole.

« La méthode qui consiste à partir du latin à propos des parlers populaires contemporains a fait son temps », déclare péremptoirement un des meilleurs disciples de M. Gilliéron (O. Bloch, Vosges, XVI). Et il est amusant de suivre M. Bloch d'un bout à l'autre de sa thèse — d'ailleurs forte et remarquablement documentée — et de le voir presque à chaque page, par la force même des choses, ramené à expliquer les patois actuels des Vosges méridionales... par le latin.

Car enfin qu'est-ce que parler du « suffixe qui correspond au français -ter, -ière » (p. 7), sinon partir du latin sans vouloir en convenir? On prétend avoir renversé les vieilles idoles, mais, sous les espèces et apparences du français feu, jeu, lieu, on adore (p. 11) la sempiternelle Trinité de fôcuin, jôcum, Jôcum, vieille connaissance des romanistes. On veut « fonder l'étude des patois sur leur état actuel » (p. xvii), mais c'est le latin qu'on est obligé d'alléguer (p. 5 1 suiv.), avec l'ancien haut allemand, pour débrouiller l'histoire des « traitements anciennement communs en recul )>. Qu'est-ce que parler du « traitement de

Dieu » \sic], sinon remonter à Dciim par une voie détournée ?

L'autruche met la tête sous son aile et pense échapper ainsi aux regards. Cette tactique aurait-elle la faveur des novateurs audacieux de l'heure présente ?

Nous prévoyons la réponse. Dèuni, nous dira-t-on, n'a pas à proprement parler de réalité romane: il n'a qu'une réalité latine. Deuiii est un schéma commode pour définir les mots romans dieu, diu, etc., mais ce n'est qu'un schéma. La seule réalité c'est ital. dio, fr. dieu, prov. diu, etc. De cette réalité multiple, plus ou moins vivante à l'époque actuelle, nous remontons, par voie de comparaison, à une réalité unique, périmée, qui n'est pas deum. Nous avons donc raison d'éviter de parler du « traitement de deum », et d'une manière générale nous avons raison de renoncer à partir du latin pour expliquer le vosgien. C'est à l'ensemble roman et surtout à l'ensemble français que l'on doit comparer le vosgien.

Nous concéderons volontiers que lat. classique deum n'est qu'un schéma : mais, dans l'espèce, ,ce schéma provisoire se trouve coïncider merveilleusement avec le roman commun dèu, reconstruit par la comparaison. D'autre part le comparatisme et l'histoire rendent strictement compte du rapport qui unit le roman commun dèu et le lat. classique deum. Et ce rapport, que l'on constate dans ce cas particulier, se vérifie dans une foule d'autres. Quel avantage y at-il dès lors à écarter systématiquement la forme latine pour étudier les formes romanes dialectales ou littéraires ?

Du latin, ou d'un point tout proche du latin, naît la tige d'où sortent les mille ramifications des parlers romans de toute espèce. Est-ce simplifier les choses, pour étudier un de ces parlers romans, que de partir de l'extrémité d'un des rameaux ou du fouillis des branches, plutôt que de la tige initiale ?

Même des ouvrages où ne s'étale point la phobie des

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méthodes dites surannées, gagneraient à suivre le précieux fil conducteur. En lisant l'étude phonétique que M. Bruneau a consacrée aux patois d'Ardenne, on est gêné par le mélange constant de deux procédés d'exposition. Tantôt s'offre à nos veux le tableau classique et — il tant bien l'avouer — monotone des correspondances entre les mots patois et les mots latins : p. 184 ce fermé = ô fermé accentué latin ; p. 200 n, il, yœ = ô latin ; cf. pp. 132, 135, 133, 156, 207, etc. etc. Tantôt se déroule une liste — ■ non moins fastidieuse mais en outre plus illogique — de correspondances entre le patois et le français : p. iio, § 14; pp. 165, 154, 232, § II), etc.

Sans doute ce flottement qu'on remarque dans les thèses de MM. Bruneau et Bloch affecte la méthode d'exposition plutôt que l'essence même des théories. Dans le fond, la marche est plus sûre qu'il ne parait à la surface. Et si les auteurs de ces deux ouvrages considérables ont réussi à fournir nombre de démonstrations et d'explications définitives, il est à remarquer que c'est à l'emploi presque exclusif des procédés classiques du romanisme qu'ils le doivent, si même il est vrai qu'ils aient eu réellement recours, malgré les cartes linguistiques qui accompagnent leurs exposés, à la méthode géographique telle qu'elle a été définie dans le chapitre précédent.

La comparaison des parlers actuels lorrains, wallons, picards ou champenois avec le latin a été bon gré mal gré leur plus sûre sauvegarde.

C'est pourquoi, si nous voulions prendre M. O. Bloch au mot, nous le taxerions d'inconséquence, lorsqu'il écarte dédaigneusement la vieille méthode « qui date d'une époque où on considérai: [les parlers populaires contemporains] comme le résultat d'une évolution du latin importé en Gaule par la conquête romaine » (p. xvi).

Comment l'auteur d'une telle proposition croit-il donc

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que se sont formés les patois gallo-romans ? Sans doute veut-il dire que le parler d'un point donné ne continue pas nécessairement le latin qui a pu être apporté en ce point à l'époque de la romanisation. Mais, au pied de la lettre, sa proposition est manifestement fausse.

La conception traditionnelle qui considère le patois comme la continuation du latin vulgaire, est-elle contradictoire avec la notion d'une « activité des parlers », que M. Bloch invoque à la suite de M. Gilliéron, et qu'il oppose, bien à tort, à la notion classique des patois représentant un latin évolué.

Certes l'école géographique a mis en pleine lumière {Et. géog. ling., 73 suiv.) une vérité, qu'on soupçonnait d'ailleurs depuis longtemps, et qui ressort notamment de ce que M. Rousselot a écrit dès 1891 au sujet des trois éléments du langage et en particulier de ce qu'il appelle « l'élément idéal » (Rousselot, Modifications phonétiques, p. 161). Il y a des « parlers en travail ». Plus exactement tous les parlers sont plus ou moins en travail. Ils subissent les actions et les réactions des parlers voisins et des langues de civilisation avec lesquelles ils sont, ou ont été, en contact.

Mais tout le monde est d'accord sur ce point.

Qui donc a jamais pensé raisonnablement qu'un parler pût vivre en vase clos ?

Tantôt un parler qui se juge inférieur socialement s'ajuste à la mode des « parlers directeurs » qu'il admire, et ainsi intervient cet « élément idéal » du langage si finement défini par M. Rousselot. Tantôt un parler en pleine force vitale assimile à son propre système les apports étrangers.

Cet effort, ces défaillances des parlers, ce perpétuel devenir excluent-ils la possibilité d'expliquer en dernière analyse ces parlers par le latin ? Ou bien même amoindrissent-ils l'utilité qu'il y a à « partir du latin » pour expliquer ces parlers ?

LES t>ATOÎS ROMANS CONTINUENT LE LATIN 79

On nous dit qu'un patois n'est jamais le résultat d'un développement individuel et local du latin (cf. Abeille^ 118 suiv.). C'est l'évidence même à laquelle nous nous sommes rendus depuis longtemps (^Pet. atlas, p. xlvii-iii).

On écarte l'idée d'une tradition latine qui se serait continuée sans interruption sur chaque point du domaine roman (Et. géog. ling., p. 77, etc.). L'on a raison encore, bien qu'il faille faire certaines réserves (v. chap. vi).

Il est clair que la majorité des agglomérations humaines actuellement existantes dans l'Europe romane ne remontent pas à l'époque latine, et que par conséquent la majorité des traditions linguistiques locales — dans la mesure où il y a des traditions linguistiques locales (v. plus haut p. 32-3) — date tout au plus du jour où ces agglomérations ont commencé à se constituer.

Mais en quoi ces considérations infirment-elles l'opinion vénérable que les patois gallo-romans sont « le résultat de l'évolution du latin importé en Gaule ? »

Les patois actuels sont-ils des débris de « parlers directeurs », de « dialectes », ou sinon des débris, du moins le produit de la différenciation de ces « dialectes » ou de ces « parlers directeurs » dans le temps et dans l'espace ?

Il faut alors expliquer ces dialectes eux-mêmes. Qu'ils continuent simplement un latin régional, ou qu'ils soient dus à des groupements de faits plus ou moins épars dans des patois et érigés en systèmes sous la poussée de forces centralisatrices (y://'^///^, 93, 102), dans cette double hypothèse, — si l'on veut véritablement rendre compte de la formation de ces dialectes ou de ces parlers directeurs — il est encore inévitable de remonter soit directement, soit de proche en proche, sinon jusqu^au latin du moins jusqu'au roman commun.

Les résultats assurés ou les hypothèses de la science actuelle ont beau renouveler la conception ancienne que les premiers romanistes, P. xMeyer par exemple, se faisaient

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des dialectes, le fond des choses n'est guère changé. S'il est vrai, comme tout porte à le croire, que l'histoire des idiomes romans se ramène, comme celle de la plupart des familles de langues, à une succession ininterrompue de différenciations et d'unifications (Meillet, /-./»i,^, no), l'explication ultime, la seule définitivement satisfaisante, devra toujours être cherchée dans la langue, puissamment unifiée, répandue aux siècles de la romanisation. Cette langue, dans sa norme idéale, était celle que parlait à Rome la société polie. Et, decette langue, le latin écrit est un témoin relativement véridique : les études consacrées aux rapports du latin classique et du latin vulgaire en font foi, notamment, dès 1866, les beaux travaux de ce romaniste « vieuxjeu » qui, par faveur spéciale, est bien vu de nos modernes géographes, et qui s'appelle M. Hugo Schuchardt.

Quel que soit le biais sous lequel on examine le problème, — si du moins l'on veut donner des parlers modernes une explication scientifique véritablement digne de ce nom, — la nécessité d'instituer une comparaison de ces parlers et du latin apparaît avec une telle évidence qu'il paraît surprenant qu'elle ait pu être révoquée en doute.

Entre des faits a' a^ a' attestés dans un patois A et des faits 1' l^ l' attestés dans le latin L, l'analyse linguistique découvre, en fait, très souvent une relation constante. Il suffit pour s'en convaincre de parcourir les rubriques mêmes de centaines de paragraphes pris dans les ouvrages des géographes les plus convaincus de la futilité des vieilles méthodes, M. O. Bloch par exemple. La réalité de cette relation constante ne peut être annulée par le fait qu'entre 1' de L et a' de A se sont interposées historiquement des séries de faits qui ne relèvent pas de A mais de B, de C, etc. Ce qui importe le plus pour la connaissance de Veuseinhle, c'est la relation des extrêmes a'A...l' L. La détermination des intermédiaires n'est utile que pour la reconstruction des détails du procès.

qu'il faut remonter au latik 8t'

Que les patois A, B, C... ne soient pas des systèmes indépendants sans communications les uns avec les autres, peu importe: il y a, comme l'expérience le constate, des rapports constants entre certains faits de A et certains faits de L. Renoncer à déterminer ces rapports sous prétexte que, avant d'arriver en A, le fait a' a pu voyager en B, C, etc., c'est limiter arbitrairement l'objet de la science, c'est ne pas vouloir véritablement savoir.

Comment ledialectologue, étudiant les faits gallo-romans, peut-il renoncer de parti pris à regarder par-dessus la frontière dans la direction de Rome ?

Pour connaître le maraudeur qui a pénétré dans un enclos (cf. Faillite, 7), se contente-t-on d'examiner l'intérieur de l'enclos, la direction des pas et la superposition des traces? Le premier soin n'est-il pas au contraire de découvrir l'endroit par où le larron a escaladé le mur ? Et même, si l'on veut être pleinement renseigné, s'arrêtera-t-on à ce mur ?

Le linguiste en arrêtant ses investigations à la première barrière rencontrée risquerait de ne jamais connaître que des fragments de vérité. Il doit conduire ses recherches jusqu'à l'extrême limite des faits scientifiquement démontrables.

Quelle prudence intempestive vous pousse donc à vous retirer à dix kilomètres en deçà de la fatidique frontière et à vous priver de toute vue sur ce qui se passe au delà ?

Le mot fifre est signalé comme ayant pénétré dans l'enclos français- vers la fin du xv' siècle ou le début du xvl^ Quel est ce nouveau venu ? Le linguiste est immédiatement renseigné d'une manière sommaire en constatant l'entrée du mot par la trontière germanique. Et c'est assurément une satisfaction pour l'esprit, de savoir que fifre représente le mot allemand Pfeifer.

Mais supposez que l'on réussisse à connaître les faits et

MiLLARDET. 6

gestes de l'intrus avant son irruption dans l'enclos français; qu'on ait établi par exemple — et rien n'est plus facile grâce à la comparaison — que l'allemand Pfeifer, comme Pfeife, c'est-à-dire m. h. a. Pfife, a. h. a. Pfïfa, Pliffa, porte avec son /?/ initial la marque indélébile d'une origine première non germanique ; supposez qu'on précise que le mot est entré dans l'enclos germanique avant la période de l'ancien haut allemand, et qu'il a fait partie de toute une bande ayant des ramifications dans différents dialectes, en francique rhénan ou en francique moyen par exemple, où le p initial reste p mais où p intervocalique devient ff {piffer\ et d'où par conséquent ont dû provenir fr. piffre, prov., cat. pifre, esp. pifaro, ital. piffero ; supposez enfin que l'on puisse prouver — et la chose est encore bien aisée — que toutes ces formes germaniques à pf ou à p initial ne sont autres que le radical du latin pipare (cf. Kluge et Walde s. v.) : que Pfeife, Piffer, fifre, pifre etc. sont par conséquent les cousins germains d'ital. pipa, frioul. pive et d'autres formes romanes encore; la satisfaction n'est-elle pas plus complète pour l'esprit ?

Vaut-il mieux se borner à faire la « géologie » ou la « généalogie » àe fifre dans la France?

On nous tera peut-être une objection. Le fr. fifre, dirat-on, esp. pifaro, it. pifjcro, etc. ne sont entrés dans les langues littéraires possédant ces mots actuellement qu'après toutes sortes de pérégrinations dans les divers parlers ou dialectes qui grouillent et ont grouillé à l'intérieur de l'enclos italien, de l'enclos espagnol ou de l'enclos français, sans parler de ce qui s'est passé hors de ces enclos ; en l'état actuel de nos connaissances il est encore impossible de reconstituer toutes ces allées et venues; tant que ces allées et venues n'auront pas été reconstituées — tâche à laquelle s'emploie la géographie linguistique — il est peu scientifique de rechercher ce qui s'est produit en dehors de chaque enclos ; il est donc sage de s'arrêter au mur de clôture.

au'iL FAUT REMONTER AU LATIN 83

Nous répondrons qu'il n'y a de science que du général. Sans doute la connaissance des procès de détail est une bonne garantie de la réalité d'un phénomène d'ensemble, et la science doit s'attacher à serrer de plus en plus près ces procès de détail — - sans qu'elle puisse d'ailleurs espérer atteindre jamais la vérité absolue en cette matière. — Mais la loi générale est ce qui frappe et passionne un esprit vraiment philosophique.

Parce qu'on n'est pas d'accord sur le point exact où Hannibal a franchi les Alpes — vérité de détail — refuserat-on pour cela toute importance à ce fait historique, l'invasion de l'Italie par les armées carthaginoises ? En présence d'une inconnue secondaire, quoique centrale géographiquement et chronologiquement, l'historien renonce-t-il à mettre en relation les deux faits extrêmes, à savoir la marche à travers l'Espagne et la Gaule d'un homme qui s'appelait Hannibal et la campagne en Italie d'un général portant le même nom, et qui était le même homme à n'en pas douter? Quels scrupules inouïs nous empêcheraient donc de confronter les faits dialectaux romans avec les faits latins aux deux extrémités de la période de temps que nous pouvons historiquement embrasser ?

En interdisant, ou peu s'en faut, à la linguistique romane toute spéculation sur les rapports des idiomes romans actuels avec le latin — comme semblent vouloir le faire certains linguistes ou certains grammairiens soi-disant avancés — on tue l'intérêt scientifique de nos études.

Oh ! que de sens profond se cache dans la boutade de M. Grammont « les œillères du cheval de noria » !

Le cas de fr. fifre et de ses congénères germaniques ou romans n'est qu'un exemple, allégué à titre de simple comparaison. Nous l'avons choisi à dessein, parce que les différences d'origine et les traces des migrations de vocabulaire s'y accusent d'une manière palpable. Mais c'est à l'intérieur du domaine roman qu'il doit trouver son appli-

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cation. 'Ce qui est vrai pour des langues n'ayant entre elles qu'une parenté assez lointaine, ne l'est pas moins pour des parlers étroitement solidaires les uns des autres. Que l'on reconstitue en détail les voyages d'un fait linguistique roman d'un patois à un autre, c'est très bien. Mais qu'on n'oublie pas que l'étude des rapports entre les faits patois et les faits latins, c'est-à-dire entre les deux points chronologiques extrêmes dont nous avons une connaissance historique, est non seulement le fondement de toute la science dialectologique, fondement indispensable à cette discipline, si elle ne veut pas être condamnée à s'écrouler à bref délai, mais est encore un des objets essentiels du romanisme, vraiment digne, par sa portée générale, d'occuper l'esprit.

Nous irons plus loin. En certaines occasions moins rares qu'on ne pense, les romanistes ont avantage à pousser leurs investigations au delà même du latin.

La parenté de (r.garer prow garar d'une part, d'ital. guardare, (t. garder, prov. gardar, etc., d'autre part, enfin d'ital. guarnire, fr. garnir, etc. avec lucquois merenda « pan de chemise », modén. hrênd « honteux, triste, affligé » (v. Bertoni, Ricerchc Hng. var., Modena, 1916, 13-4), n'est pas de celles qui sautent aux yeux. Et il est certain que, strictement, un romaniste qui nest et ne veut être que romaniste, a le droit de ne pas la soupçonner. Mais, s'il consent à ouvrir la fenêtre de sa maison et à regarder un peu au dehors, il verra que les trois premières séries de mots, étant des emprunts au germanique, a. h. a (biyiuarôn ou franc, warôn, v. germ. zuardan, g. *ivarnjan (cf. a. h. a. warnôri), nous font remonter en dernière analyse à une racine indo-européenne luor « voir », cf. gr. ipiw, et que la dernière série, se rattachant, par vérenda, au latin vèreor, nous renvoie exactement à la même racine de l'indoeuropéen.

Sans doute une constatation de ce genre n'est pas

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