‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 31 sur 149 · ET MÊME. AU DELA DU LATIN · texte numérisé non relu

ET MÊME. AU DELA DU LATIN

essentielle pour qui s'est confiné dans le champ précis des investigations néo-latines. Elle n'est point toutefois dépourvue d'un certain intérêt général.

Cet exemple, bien que relatif à un simple fait de vocabulaire, montre que les romanistes, loin de devoir considérer comme tabou l'étude du latin, point de départ des faits romans, ne pourraient que gagner à restituer ces faits romans à la place qui leur revient dans le développement général des langues indo-européennes, si toutefois ils veulent avoir une notion un peu complète des problèmes qu'ils étudient.

Il est possible maintenant de répondre à la question qui se posait dans le premier chapitre à propos des observations de MM. Grammont et Meillet. Est-il vrai que les romanistes aient fait preuve parfois d'une certaine étroitesse de vues ?

. S'ils ont vraiment péché, ce n'est certes pas en voulant expliquer les faits romans à l'aide du latin selon les principes de la méthode comparative, qu'ils n'ont, nous dit-on, « ni inventée, ni examinée, ni discutée ». Le -tort qu'ils ont eu, ou du moins ce)tains d'entre eux, est de n'avoir pas suffisamment considéré que les grandes lignes du développement des langues et dialectes néo-latins ne sont que le prolongement de lignes qui s'accusent déjà au cours de l'évolution du latin et qui ont leur point de départ à l'époque même où se dessinent ce qu'on a appelé les « dialectes indo-européens » (v. Meillet, Les dialectes indo-européens; cf. Ling. ^én., 1921, p. 10).

Ainsi la transformation à la fois phonétique et morphologique qui fait que l'indo-européen *esti « il est » est devenu l'italien, è, et qui consiste en un allégement progressif du mot par chute des voyelles et des consonnes, était déjà commencée avant la date où le latin est historiquement attesté, puisque *esti a fait place à lat. est dès les premiers monuments.

Si este se rencontre dans d'anciens textes italiens, par exemple dans la charte sangemignanaise de 1227 (E. G. Parodi, Gioni. stor. il. ktUr. itaI.,X, 194) ou dans le texte de Pistoja de 1259 (Monaci, Cr. it., 160), IV est manifestement dû à une analogiesecondaire d'ailleurs exceptionnelle, comme c'est le cas pour le roumain este. Et par conséquent l'italien, pas plus que le français ou les autres langues romanes, n'ont dérobé la troisième personne de leur verbe substantif à la tendance générale qui pousse la langue dans une direction déterminée depuis l'époque la plus lointaine à laquelle nous puissions atteindre.

L'espagnol padre <C patrevi s'oppose à esp. qnien <r quem par le traitement de l'w finale. La raison en est bien connue. Dans un polysyllabe, Vm finale était réduite, devant voyelle, à une simple résonance nasale dès la période littéraire du latin. Au contraire, dans un monosyllabe accentué comme quèm^ esp.quien,\a. langue a maintenu Vni finale pour éviter de faire du m.onosyllabe ce que M. Gilliéron appelle « un mutilé phonétique ». Elle a généralisé pour ce mot, comme pour le rém qui est à la base de fr. rien, monosyllabe aussi, latorme où Vin finale latine était suivie de consonne et se prononçait avec plus de force, comme la scansion latine suffit à le montrer. Ce traitement, en apparence exceptionnel, est au contraire conforme à une tendance générale à laquelle ont obéi les monosyllabes dans plusieurs langues indo-européennes.

Le traitement italien de \'s finale accuse une origine aussi ancienne et met en lumière le même procédé de protection auquel la langue a recours pour éviter l'évanescence des monosyllabes. Déjà en latin archaïque 1'^ simple finale était amuïe, du moins après voyelle brève devant initiale consonantique, comme l'attestent les scansions d'Ennius et de Lucilius lAncuÇs) religuit, AeserniniiÇs) Juit. L'italien n'a fait que maintenir cette tradition ancienne et rustique, contre laquelle les puristes réagissaient déjà à

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