ROMAN ET INDO-EUROPÉEN
l'époque de Cicéron, et il l'a généralisée en l'étendant aux cas où la voyelle qui précède 1'^ était une longue et où le mot suivant commençait par une voyelle. En Gaule, en Ibérie, les puristes l'ont emporté.
Ces faits sont bi^n connus et admis depuis longtemps.
Mais le cas des monosyllabes latins terminés par ^ tels que nos, vos, crûs, stâs, das, *has(chss. habes), etc., et le traitement particulier de ces monosyllabes en italien doivent être rapprochés des faits précédents et interprétés en conséquence. Comme pour esp. qiiien, fr. rien, etc., il y a eu réaction de la langue contre l'usure des monosyllabes. Vs finale est donc restée tout d'abord en italien dans ces six mots. Mais la présence d'une consonne à la finale étant contraire aux habitudes générales de la phonétique italienne, Vs n'a pas tardé cà se réduire à y, i, et cela directement par voie phonétique (cf. prov. ayne < asne -< asmum et autres traitements analogues de 1'^). Le résultat final a été noi, voi, crai, slai, hai, dai, formes qui sont donc le résultat d'un compromis entre deux forces opposées : la tendance à l'élimination des consonnes proprement dites à la finale et la résistance des monosyllabes accentués contre les amuissements de leurs éléments finaux.
Rapproché des cas d'esp. quien, fr. rien, le traitement de it. noi, voi QIC, ne sera mis en pleine lumière, que lorsque l'on aura comparé avec Gauthiot {La fin de mot en indo-européen^ 65) les faits parallèles qui se constatent sur d'autres points du domaine linguistique indo-européen : v. suéd.et v.dan. hvan, V. sax. then, v.h.a. den, in, wen ; cf. skr. tdm, gr. tcv, etc.
D'exemples de ce genre il ressort que, pourexpHquer ces traitements spéciaux de monosyllabes, comme les traitements généraux de m, s finales, et nombre d'autres faits romans, phonétiques, morphologiques, lexicologiques qui pourraient être allégués encore, les romanistes ont intérêt
Oô III. CONVERGENCE DES METHODES
à sortir du cadre relativement étroit des langues néolatines.
C'est ce qu'ont su faire des savants comme Ascoli — mais Ascoli était-il seulement « romaniste » ?
A un esprit avide de vues d'ensemble, bien que spécialisé dans un domaine linguistique somme toute restreint, s'impose la même nécessité qu'au « linguiste général ». Il faut « suivre, écrit M. Meillet {Ling. gén., lo), dans toute son étendue, depuis l'indo-européen jusqu'à l'époque moderne, la courbe du développement de chacune des langues de la famille... Qui veut vraiment expliquer n a pas plus le droit d'isoler les périodes modernes des périodes anciennes que l'on n'a le droit d'expliquer l'état actuel par lui-même en négligeant le passé » .
Les parlers romans d'aujourd'hui ne peuvent être considérés que comme un moment de la grande transformation qui, partie de l'indo-européen, a passé par le latin et a abouti aux parlers romans, en attendant que se produisent de nouvelles évolutions. L'étude de ce moment particulier est sous la dépendance étroite de l'étude de l'ensemble.
Et à plus forte raison il est indispensable d'instituer entre les parlers romans et le latin une com.paraison méticuleuse.
Les romanistes de style moderne qui font fi de cette comparaison, ou qui la restreignent au minimum, sous le prétexte de faire « la biologie » du langage, sont dans l'erreur .
La meilleure discipline propre à illuminer la biologie a toujours été, dans tous les domaines, la paléontologie. C'est en comparant les faits sur de grandes étendues de temps qu'on peut le mieux en reconstituer le développement et en suivre les transformations nouvelles. Sans la paléontologie, et réduite au seul examen des plantes vivant à l'heure actuelle sur le globe, la botanique pourrait faire la preuve d'une sélection géographique des espèces végétales.