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SPÉCIALISATION EXCESSIVE 9I

M. Gilliéron, dont les études de géographie linguistique sont, en principe, limitées au domaine de l'Atlas linguistique de la France, regrette, à différentes reprises, l'absence d'atlas comparables au sien, et consacrés aux patois d'Italie ou d'Espagne (Abeille, 187, 189, 195, etc.).

Il est indéniable que, pour une application rigoureuse de la méthode géographique, un atlas linguistique de l'Europe romane serait nécessaire.

L'idée de dresser un atlas linguistique de la Corse, suite immédiate de l'atlas linguistique de la France et amorce d'un atlas linguistique de l'Italie, était venue à d'autres dialectologues. Mais MM. Gilliéron et Edmont l'ont réalisée les premiers, et il faut les louer de leur diUgence. L'entreprise devrait être poursuivie — elle l'est partiellement à l'heure actuelle — pour le reste du domaine italien, pour le rhéto-roman et pour le sarde. Elle est peut-être un peu moins urgente pour la péninsule ibérique, dont une vaste portion a été largement envahie par le castillan Httéraire à une époque relativement ancienne. La langue officielle est désormais profondément implantée dans l' Aragon, la Navarre, les Asturies, le Léon et l'Extremadure.

Quoi qu'il en soit, les atlas linguistiques en cours d'exécution pour la Catalogne, la Haute Italie et la Rhétie, joints au Lingiiisticher Atlas des daJiorumànischen Gebiets de Weigand, qui date déjà de 1909, fourniront bientôt un ensemble de matériaux que les dialectologues spécialisés dans l'étude du gallo-roman ou d'autres domaines devront nécessairement connaître.

Bien plus, à propos du travail de M. Jud paru dans la Zeitschrift fiir roui. Phil., 38, M. Gilliéron souligne avec raison l'intérêt qu'il peut y avoir pour les romanistes à sortir du domaine roman et à suivre, par exemple dans les patois germaniques limitrophes, les traces de certains mots, prê- . tés puis perdus par le roman, mais conservés dans les régions.- germaniques.

A vrai dire le verbe eichen, aichen « étalonner » que l'auteur de Pathologie et thérapeiilique verbales allègue à l'appui de sa théorie des « tares lexicales « (II, 24), est un mot de l'allemand littéraire. Il se présente en moyen haut allemand sous la forme icheji, sur lequel a été formé m. h. a. iche « mesure », dont le point de départ ikôn, représente le latin àeqiiare plutôt que exœquare . Pour une forme de ce genre, il est bien difficile de déterminer d'une manière précise quel a été le parler roman prêteur et le parler germanique emprunteur.

Mais d'autres cas sont mieux caractérisés (cf. op. laud.) et quelquefois la voie suivie par ces mots d'emprunt peut être déterminée d'une manière sûre. La chose ne serait pas très malaisée pour les emprunts faits au roman par le basque par exemple, où les apports gascons sont plus d'une fois susceptibles d'être distingués des apports hispaniques.

Si donc ces formes « erratiques », égarées en pays de langues allemande, euskarienne ou autres, sont instructives pour la dialectologie gallo-romane, que dire des formes vivant dans les pays romans voisins, ou même dans les pays romans éloignés ?

A défaut d'atlas linguistiques de ces régions, les enquêtes et documents patois de toute sorte, malgré leur valeur inégale, qu'il faut malheureusement reconnaître, doivent de toute nécessité être utilisés par les romanistes. Si des régions entières demeurent dépourvues de documents, il ne faut pas oublier qu'il y a aussi des solutions de continuité dans l'enquête géographique poursuivie par MM. Gilliéron et Edmont sur le territoire de la Gaule, et que ces lacunes, dont certaines ont été signalées plus haut, n'ont pas empêché l'auteur des Études de géographie linguistique d'appliquer au domaine gallo-roman sa fructueuse méthode.

L'inconvénient qui résulte de ces insuffisances en matière de géographie linguistique étrangère, est compensé par l'avantage que le dialectologue doit trouver à étendre à de

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plus Vastes territoires ses spéculations sur la configuration géographique des aires et sur leurs coïncidences approximatives.

Ainsi la question de Texistence de apicula sur tout le domaine ibérique, à propos de laquelle M. Gilliéron se retranche derrière l'opinion d'un auteur qu'il ne nomme pas et dont il ne cherche même pas à contrôler l'affirmation ÇAbeilU, p. 187) aurait pu recevoir quelque lumière d'ouvrages de toutes sortes, parmi lesquels nous mentionnerons simplement : P. Pujol, Documents eu viilgar delssegles XI, XII, XIII, procèdent s del bisbat de la Sen d'UrgeJI, p. 3 i : Abella, nom propre d'un texte de 1257 ; P. Barnils, Del català de Fraga in Biitllcti de Dialectohgia calalana, 191e, 78 ; abélj, etc. De son côté iM. Jaberg (Rom., XLVI, 121) signale que la carte des dénominations de l'abeille dans l'Italie du Nord et dans le domaine rhéto-roman confirme les déductions de M. Gilliéron concernant l'emploi du pluriel pour le singulier, la substitution de guêpe et d'essaim à abeille, mais pose aussi des problèmes nouveaux. Dans le Piémont, au nord du Pô et jusqu'aux sources du Tessin, apparaît, d'après M. Jaberg, op. cit., 131, une aire avèUa, avixa correspondant géographiquement à l'aire aveille, avilie repérée par M. Edmont dans la région franco-provençale.

Il y a donc eu à un moment donné — et la chose parait historiquement sûre — une certaine unité linguistique — laquelle au surplus subsiste toujours au moins partiellement (v. Atilio Levi, Le palataJi piemontesi, 3 et passini) — entre les deux plaines qui s'étagent à l'ouest et à l'est des Alpes. Selon M. Jaberg, avèUa, aviya semblent avoir recouvert un faf, qui serait un apeni primaire, et des formes de pluriel eiv <C aiv •< avi ou des formes avia refaites sur le pluriel.

Cette solidarité dans la vie lexicologique entre la région franco-provençale et l'Italie du Nord, analogue à celle que

nous constations plus haut entre la partie orientale del'Ibérie et la France méridionale (cf. E. îBourciez, Les mots espagnols comparés aux mots gascons, B. Hispan., III, 321), est importante et montre l'intérêt qu'aurait eu l'auteur des Etudes de géographie linguistique, de Y Abeille, etc. à sortir plus fréquemment qu'il ne l'a fait des limites territoriales de la Gaule romane.

Si, à l'occasion, M. Gilliéron jette un regard sur les faits ibériques, italiens, voire même roumains (Et. géog. ling., 132, épi et épine^ il faut bien reconnaître que c'est pure exception. Le plus souvent il pratique une abstention systématique, qui n'est pas sans nuire à la solidité des théories qu'il défend.

L' « étrangeté » de Vr du mot vepr « guêpe», au point 398 des îles normandes, surprend M. Gilliéron (^Abeille, 185). Dans la région wallonne, la même r se retrouve au point 272. L'auteur de V Abeille essaie d'expliquer la présence de cette r en ce dernier point par une a fausse régression », sous prétexte que, dans cette région, « le type î;^/)r manque totalement » (p. 21 r). Qu'on veuille bien regarder ce qui se passe hors du domaine gallo-roman. Le type de vespam muni d'une r, type que M. Gilliéron connaît bien par ailleurs dans le sud de la Gaule ÇA. L., 672), se retrouve d'une manière plus ou moins sporadique dans toute la Romania, depuis la Galice, vespera, et l'Asturie, aviespara, jusqu'à l'Engadine, veispra, 1 Emilie vrespa, et les Abruzzes vespre. La carte d'ensemble de l'Europe romane apparaît ainsi saupoudrée de formes avec r. Qu'y a-t-il d'étrange alors à voir les r s'éparpiller aussi de l'ouest à l'est de la France du Nord, sans parler de celle du Midi ? . Le principe de la configuration des aires, appliqué aux formes du mot « guêpe » et étendu à la Romania entière, eût fait sans doute renoncer M. Gilliéron à l'explication compliquée qu'il propose : selon lui, au point 272, verp est sorti de vep sous l'influence analogique de ab <^ arb

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