‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 37 sur 149 · UTILITE DE LA DIALECTOLOGIE IO · texte numérisé non relu

UTILITE DE LA DIALECTOLOGIE IO

tugais seul rejette la diphtongue, qui est donnée comme étant normale en provençal, bien que, dans cette langue, e et 0 soient, selon Diez, « plus usuels » (p. 142 ; cf. 149).

Voilà un exemple des erreurs auxquelles se serait arrêtée la linguistique romane, si elle s'était limitée à la comparaison des seules langues littéraires.

L'erreur était double. Car elle consistait d'une part à croire que le provençal, par exemple, a participé à la diphtongaison de è et de 0, alors que les cas de diphtongaison y sont exceptionnels et soumis à des conditions particulières très précises (v. Voretzsch, Ziir Geschichte der Diphtongienmg im Altproven^alischen, Halle, 1900). D'autre part, erreur plus grave encore, la diphtongaison de è et de ô était présentée comme un phénomène général, ayant affecté l'ensemble du vocalisme roman depuis la Valachie jusqu'à la Lusitanie.

Cette double erreur a été rectifiée par les travaux postérieurs fondés sm- l'étude des dialectes et des patois. Dans l'avant-propos de sa Grammaire des langues romanes, daté de 1889, M. Meyer-Lûbke déclare : « J'ai fait de l'étude des dialectes parlés actuellement le point capital de mon travail. » Et si en fait cette proposition ne répond pas toujours exactement à la réalité, du moins l'adoption de ce point de vue a permis à l'auteur de donner une idée moins fausse de l'histoire de è et de ô en roman, histoire que des contributions plus récentes ont encore précisée.

Grâce aux progrès des études dialectales, on sait aujourd'hui d'une manière sûre que les faits de diphtongaison de ^ et de 0 ne sont pas toujours géographiquement solidaires d'une langue romane à l'autre, et que, considéré du point de vue de sa répartition géographique dans les dialectes ou dans les patois, le phénomène de la diphtongaison ne peut raisonnablement être présenté comme la règle, ni le fait inverse comme l'exception. En effet, les ie et les «0, ue de l'espagnol sont séparés des ie et des ue > œ, etc., du

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français non seulemeni par toute l'étendue du dt)maine provençal, lequel en principe ne développe la diphtongue que devant y et tv, mais encore par le domaine gascon. Les ue^œ, etc., et les ie du français sont séparés des uo, etc., et des ie de l'italien, non seulement par les monophtongues du domaine provençal, mais encore vraisemblablement par celles d'une partie au moins du nord de l'Italie. C.ir, si plus au sud, en Emilie et en Romagne, les à et les u recouvrent probablement d'anciens //(', et s'il en est de même dans plusieurs points plus septentrionaux de la Lombardie par exemple pour les â, à Ronco, Jôg, ou les n, à Lodi, vu! <i*i'olel, etc., si d'autre part la diphtongue /> est attestée dans la région ligure, si 1'/ romagnol cache peutêtre la même diphtongaison, si à Gênes me^u <i médium , veg'u <C veclum doivent peut-être leur i^ ou leur g' à un ancien ie plus tard réduit à e, si enfin les é fermés de l'émilien, du piémontais, du génois et du lombard, par exemple dans génois nevu <i nepos, plais, fel <ifeJ, recouvrent peutêtre d'anciens */V, — ce qui est possible (v. Bertoni, //. dial., 69), mais n'est nullement démontré (sur ces points controversés, voir Parodi, R0711., XIX, 480; Salvioni, Krif. Jahresb. d. rom. PbiL, l, 121 : Guarnerio, Fonol. rom., 172), — il n'en est pas moins vrai qu'une partie de l'Italie du Nord, en dehors de la Vénétie, de l'Emilie^ de la Romagne, semble offrir un état qui se rapproche beaucoup de celui que l'on constate en provençal.

Quoi qu'il en soit, les progrès de la dialectologie romane ont permis de réduire par ailleurs le domaine des diphtongues 110 et ie. On sait que ces diphtongues sont inconnues à l'origine dans l'ensemble de l'Italie méridionale : sicil. feli, petra, novu, et qu'elles n'y sont apparues qu'à une époque secondaire en Calabre et jusque dans la Fouille et les Abruzzes sous l'influence d'un / ou d'un // finals, c'està-dire dans des conditions qui rappellent un peu celles de l'ancien provençal, mais avec cette différence qu'elles ont

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