‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 38 sur 149 · UTILITE DE LA DIALECTOLOGIE · texte numérisé non relu

UTILITE DE LA DIALECTOLOGIE

pu s'y produire en syllabe fermée : tiempo, tiet^o (mais ter:^a), muorio (Loise de Rosa, xv= siècle). A l'époque moderne, on a à Lecce fêle, mais miedecu ; prov. de Bari et Terre d'Otrante, Tarente, piierche, bueni, etc.; mais à Leuca la diphtongaison de è et de à est inconnue (v. Bertoni, //. dial., 163).

D'une manière analogue, les romanistes ont été amenés à réduire le domaine de ie et de uo dans la partie occidentale du territoire ibérique, puisque vraisemblablement le plus ancien léonais ne connaissait que la monophtongue (Staaf, Sa., 193, 205 ; cf. cependant Menénde? Pidal, El dial. léonés, 17), et que la diphtongue, d'abord confinée dans le castillan, semble s'être peu à peu répandue vers l'ouest, envahissant au xiii' siècle toute la partie orientale du Léon, du moins en ce qui concerne ie, mais en respectant la partie occidentale, surtout en ce qui concerne à.

La connaissance de ces fluctuations et la détermination de plus en plus précise de cette distribution géographique permettent à la dialectologie de réformer l'ancienne opinion touchant l'histoire de ^ et <) latins dans les langues romanes. La solidarité d'ordre chronologique des ie, uo (^ue) dans les différents pays où ces diphtongues se rencontrent, apparaît de plus en plus douteuse. Cette solidarité avait été admise de prime abord par les romanistes qui s'appuyaient sur une prétendue cohésion des aires géographiques offrant la diphtongue. Désormais les données du problème sont changées.

Il ne nous est pas encore possible d'apporter de ce problème une solution définitive, que, seul, un atlas linguistique général de toute la Romania permettrait de trouver.

Du moins pouvons-nous, en nous fondant sur un examen attentif de certains faits dialectaux, lui donner une réponse indirecte qui, sans avoir la force d'une démonstration définitive, a toute la valeur d'une hypothèse très vraisemblable.

lOé IV. DIALECTOLOGIE HT LINGUISTIQUE

Toute la question est de savoir si les diphtongues te et tto {ne), étant attestées en des régions géographiquement distinctes, sont, dans chacune de ces régions, des développements indépendants les uns des autres et ne concordant entre eux que grâce à une pure coïncidence d'ordre phonologique, ou bien si au contraire ces diphtongues ont leur point de départ dans le roman commun, lequel aurait, dès l'époque de la latinisation, présenté deux nuances dialectales, la monophtongue et la diphtongue, en fait déjà plus ou moins nettement distinctes l'une de l'autre, et qui auraient été généralisées chacune dans des portions différentes de la Romania.

L'observation de ce qui se passe pour d'autres phénomènes intéressant aussi le vocalisme, dans certains patois actuels, fournit une indication précieuse. Dans la partie landaise du domaine gascon dont quatre-vingt-cinq communes limitrophes ont été explorées, village par village, et où par conséquent l'application du principe de configuration géographique acquiert une force démonstrative toute particulière, on a observé que le passage en position atone de -wa- à -o- par assimilation et réduction devant ;/ {qiiando >> kwan >> huon >> kon) se produit dans deux aires géographiques indépendantes, et que l'innovation est, ici et là, d'âge différent (Rev. /. loni.yLX, 80).

Fig. 8. — « Quand », dans les Landes (schéma).

A 66, la forme Kân est très voisine de Kàn. A 56,

un enfant de onze ans dit nettement Kôv.

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