LA METHODE COMPARATIVE
dissimilation ; mais, le serait-elle, comme la réduction est intervenue dans d'autres conditions et à une autre date que dans i{s)dem, on conçoit que la voyelle ait pu ne pas éprouver le même allongement. En réalité *ispse a dû se réduire à Ipse en vertu de la tendance générale qui pousse les langues indo-européennes à réduire les groupes de trois consonnes et en particulier les groupes sps, spt, etc. : cf. latin vopte de *vos-pte. Il tombe sous le sens que, dans ces cas-là, la réduction du groupe triconsonantique s'opère sans « allongement compensatoire ». Si l'on en voulait une preuve, le sanscrit la donnerait : àdha hàrantih de *âdbas h- et vivraksati de *vivrasksati.
Ce sont donc bien (^sè)met îpsiim, (jeynetïpsimiim qui sont les formes du latin classique. Nous n'avons pas le droit de partir de *Çse)met Ipsum, *{se)mel Ipsimum, comme le voudrait M. Espinosa. Mais alors, la correspondance de latin classique 1 avec latin vulgaire / fait difficulté.
Une application plus complète et plus amplement documentée de la méthode comparative va nous permettre de trouver la solution.
Il suffit de rapprocher, des formes issues de met ipsimum, certaines formes romanes issues de metipse. A côté de prov. medeis, meteis, cat. mateix, meseix, relevées par M. Meyer- Liibke {op. cit.^ et qui représentent latin metipse, c'est-àdire lat. vulg. mctépse, avec un é fermé, ce qui est aussi le cas de medeps {Poème de la Passion, 184, 255), il existe des formes en / : telles sont v. prov. medips, Fragni. d'Alex., 103, métis, Heures de la Croix, 115 ; Arnaut Guilhem, Ensenhamen, 102 (à la rime), mehis, Coût. S. Maurin, 8, meish, meich, meih etc. ; v. gascon médis, mediis, medijhs, medixs, medixa, medissha, midis, mechis, Luchaire, Rec, gloss. etc.
Toutes ces formes postulent lat. vulg. *metipse, avec /, au lieu de metépse.
De même, c'est lat. vg. *ipse et non épse, qui est la base
(le prov. is. lequel n'est pas rare dans Girnrt de Roitssillon : en is loc, Appel, Prov. Chrest., i, 121 ; is glot (nomin.), //;., 710, etc.
Comment concevoir la présence d'un /' en roman commun, là où le latin classique a un i ? Les faits semblent parallèles à ceux qui ont été établis depuis longtemps pour lUe . De même qu'il a existé un couple morphologique : nom. sing. Vie : ///;, devenu en roman commun elle: illi, par métaphonie (^Umlant^ de l'^'sous l'influence de 1"/" final, il a dû V avoir un couple morphologique: nom. sing. )pse\ tpsî, devenu en roman commun épse : ipsi en vertu de la même métaphonie. L'opposition qui existe entre esp. elle, el <C ïlle, d'une part, et fr. // <C Uli, d'autre part, se retrouve, si notre interprétation est juste, entre provençal éps, es, eis, d'une part, et is, d'autre part.
Cette h3'pothèse, qui a toutes les chances d'être exacte, d'après ce qui vient d'être exposé, est encore rendue plus vraisemblable par le fait que les produits de metipse, metipsiiuum n'offrent pas d / dans les langues de l'Est, où la métaphonie de é sous l'influence de î n'est pas habituelle : l'ital. medesimo est parallèle par exemple à v. ital. pi. elli <C ////", et contraste avec v. fr. medisiiie : il. Meismo, du vieux piémontais, est justement originaire de la partie de l'Italie où ce genre de métaphonie est attesté par ailleurs (Bertoni, Ital. dial., 71-3). On peut comparer lomb. is(û) =- ips{a) aux pluriels en -it qui correspondent à des singuliers en -et (ital. -etto) dans toute la Lombardie occidentale. Cf. encore mes: mis à Margno ; milan, mod. quel: qtiij, cavêl : cavij, etc. Quanta issu du Ritmo Cassinese, ou de la Giostra délie virtii e dei vi~i, etc., il est dû à la métaphonie de é sous l'influence de -u final, phénomène ordinaire dans les Marches: cf. quistn, quillu, dictu, etc. Une telle concordance ne peut guère laisser de doute sur la justesse de notre explication.
Lorsque nous avons succinctement exposé cette théorie