L ESTHF.TIQUE DU LANGAGE EST UNE SCIENCE II
çaise (Petit traité pratique de prononciation française, p. 121 suiv, ; Petit traité de versification française, p. 118 ; Z,t' iws français, passini) donnent la plus haute idée.
La lecture de ces ouvrages, où ont été abordés pour la première fois d'une manière vraiment scientifique certains problèmes d'esthétique du langage (Les sons considérés comme moyen d'expression, Fers fr., 193 suiv. ; théories des triades, dyades, etc., 377-408, etc.) et dans lesquels les solutions les plus neuves et les plus profondes sont exposées avec une précision et une simplicité souverainement élégantes (Le rythme consonantique, ib., 415-8 ; cf. Onomatopées et mots expressifs, in Trentenaire de la Soc. l. rom.^ Montpellier, 1900, 261 suiv.), devrait suffire à convaincre les partisans trop exclusifs de la dialectologie que leur science n'est après tout qu'une section de la linguistique; que la grammaire comparée, la grammaire historique, la stylistique, la rythmique comparées et la dialectologie doivent se prêter un appui mutuel ; que le fait du langage, infiniment complexe comme tous les faits sociaux, soulève des problèmes encore plus divers qu'ils n'ont l'air de le croire, problèmes touchant à des sciences de tout ordre depuis la physique et la physiologie jusqu'à l'histoire et à l'esthétique.
Et s'il est une vérité que nous voudrions voir ressortir avec évidence de ce chapitre, c'est que les romanistes doivent mener de front ces deux disciplines inséparables :• l'étude des patois et celle des langues littéraires écrites ou parlées.
De ces deux disciplines, il est inadmissible pour de multiples raisons, que la première prenne le pas sur la seconde.
Il peut être amusant et instructif de connaître les faits et gestes du valet de chambre de Chateaubriand. Mais dans r« Itinéraire » de Julien que l'on publiait naguère, qui nous intéresse, sinon avant tout son illustre maître ?
Il8 V. Din-KRHNTES PARTIES DE LA LlNGUlSTiaUE
IMPORTAN'CE RELATIVE DES DIFFÉRENTES PARTIES DE LA LINGUISTiaUE
Les dédains des géographes pour la grammaire comparée s'accompagnent d'un mépris non dissimulé pour « la science dite phonétique » (^Abeille, {14), si bien qu'il est difficile de savoir qui, des « romanistes » ou des phonéticiens, est, par les maîtres de la science nouvelle, tancé plus vertement.
C'est peu de proclamer « la faillite de l'étymologie phonétique ». C'est peu de déclarer {Faillite, 95) que « l'hypnotisation phonétique s'est emparée des romanistes ». On poursuit de sarcasmes Qb. 93) « les phonéticiens vieuxjeu. » [Il y a donc un nouveau jeu aussi en phonétique ? Et c'est dans les rangs des géographes que s'en rencontrent les adeptes ?J On accuse ces malheureux phonéticiens du bon vieux temps de se contredire, de ne pas savoir sortir du cercle étroit de leur science « dont ils prétendent se réclamer exclusivement » {Abeille, 190-1). « Les phonéticiens, écrit-on ironiquement {Faillite, 9.)), feront quelque belle loi phonétique... Ils ne perçoivent guère dans l'évolution d'une langue que celle qu'y produisent les organes phonateurs et négligent celle qui se produit dans le cerveau » {ib., jSy). Et l'on revient avec insistance sur ce point qui est en effet capital : « La vie du français n'est pas dans les organes phonateurs, elle est dans le cerveau » {Faillite, 102).
Cette dernière proposition aura sans doute l'approbation des psychologues. Et il est peu vraisemblable qu'elle soulève aucune protestation dans le camp des phonéticiens. Toute la question est de savoir d'abord si, en observant les mouvements des « organes phonateurs » on n'étudie