‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 48 sur 149 · PHONETIQ.UE ET SYNTAXE I · texte numérisé non relu

PHONETIQ.UE ET SYNTAXE I

sais-j(e), etc., qui, notons-le en passant, existent dialectalement en français local, au moins vers la Saintonge, sous la forme : suis-jœ, piiis-jce, etc., avec le pronom accentué.

Par conséquent ce ne sont pas uniquement des raisons phonétiques qui ont éliminé '^cest je, prononcé c'est jœ, c'est je ou c'est j(^è^.

Il y a d'autres raisons : elles sont d'ordre grammatical et analogique. M. Foulet ne les méconnaît pas d'ailleurs. Mais il ne leur assigne pas toute la place qu'il convient.

Dans les cas de post-position de je cités précédemment, le pronom je joue toujours le rôle de sujet. Devenu attribut dans *cest je, et étant par la force des choses maintenu après le verbe, il devait être remplacé mécaniquement par moi, qui, dans le système de la déclinaison pronominale, représentait le régime tonique de la i'^ personne, véritable forme substantive de la i""^ personne et seule capable de faire fonction d'attribut.

S'il est légitime de transporter dans le domaine de la syntaxe l'expression si juste que l'autorité de M. Grammont a consacrée en phonétique, la forme *c'est je a été ce que j'appellerais volontiers une « phase syntaxique sans durée ». En d'autres iermes,*cest je, qui devait naître de ce siiis-je sous l'influence du renversement de l'ordre des mots dans la syntaxe du xiv^ siècle, a été immédiatement et automatiquement refait, et est devenu c'est moi sous la toute-puissante action analogique des nombreux syntagmes contenant un }noi régime : suis moi, crois moi ou même à moi, par moi, etc.

En réalité, l'histoire de la .substitution de c'est moi à ce suis je en moyen français, atteste, dans la dynamique de la langue, une compénétration intime de la phonétique et de la syntaxe.

Le tableau de l'usage desdites tournures au xv^ siècle, tel que l'étude fort bien documentée de M. Foulet nous permet de le reconstituer, est éloquent. C'est moi concur-

154 ^'- DlFl'ÉRKNTES PARTIliS DE LA LINGUISTIQUE

rence de plus en plus ce suis je. Le premier exemple connu de cest lui est de 1460-1465 : cesl lui ne devient courant qu'à la fin du xv* siècle (ib,, 66). Il n'y a pas d'exemple de cest loi au xv^ siècle (ib., 65).

Dans les deux premiers tiers du xv= siècle ont donc prévalu les emplois que résume le schéma suivant (//»., 61),

Page 1