‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 49 sur 149 · cest il · texte numérisé non relu

cest il

Ce tableau représente sous une forme visible un des aspects de la lutte qui s'est livrée dans la langue autour de cette construction, aux trois personnes du singulier.

Quatre forces au moins sont en présence, en premier lieu la force conservatrice de la tradition. Cette force a) triomphe sans conteste dans le poste 3 : c'est il. La chose est plus douteuse dans le poste 2, c'esQ) tu, car la graphie ne permet pas de décider si le verbe est à la deuxième personne, comme le veut la tradition, ou à la troisième. La force de la tradition a) se manifeste encore partiellement dans le poste I : ce suis je, qui est d'ailleurs en voie d'extinction.

Mais, à ce poste i, interviennent de nouvelles forces, de tendance innovatrice, agissant contre la tradition. Tout d'abord une force b), d'ordre grammatical, à savoir la norme syntaxique : sujet -{- verbe -j- attribut. C'est elle qui transforme ce suis en cest. 11 en résulte l'étape *cest je, qui a pu avoir une existence éphémère, mais qui sans doute n'a été qu'une phase théorique « sans durée ».

En effet ce *cest je, à peine né, ou avant même de naître — c'est-à-dire alors qu'il n'existe qu'en puissance dans l'esprit des sujets parlants — est attaqué à son tour par deux nouvelles forces, innovatrices, agissant dans deux directions très voisines l'une de l'autre : c'est d'abord une force c), d'ordre analogique, constituée par l'influence des syntagmes suis moi, crois moi, de moi. par moi, etc. ;

Page 1