INDUCTION ET DEDUCTION II
en 1912 {R. l. r., LV, 422-3), nous présentions l'existence de nom. sing. tpst comme une hypothèse indispensable à toute saine expHcation des formes romanes en i. Nous pouvons aujourd'hui alléguer des exemples authentiques de cette ïormQîpsJ, dès le vi^ siècle, chez Grégoire de Tours (voir Bonnet, Le latin de Grégoire de Tours, 114).
L'hypothèse devient donc une certitude.
Les exemples de roman commun ipsi, eo et nombre d'autres qui pourraient être cités encore, montrent combien la méthode comparative et historique est précieuse quand il s'agit de déterminer l'origine et l'évolution de formes romanes en elles-mêmes assez obscures. Pour être plusmodeste et pour frapper moins vivement l'esprit ou l'imagination que certaines découvertes reposant uniquement sur l'observation et le calcul, celle de Le Verrier par exemple en matière d'astronomie, l'établissement d'une vérité linguistique n'en atteste pas moins bien souvent la rigueur, l'excellence de cette vieille méthode, sur laquelle est fondée toute la science du langage: la comparaison.
D'où il ressort que les « procédés simplistes » de la grammaire comparée des langues indo-européennes, auxquels les romanistes devraient, si l'on en croyait certains novateurs intrépides, « renoncer définitivement » (K. Jaberg, Ro7n., XL VI, 123) ont malgré tout du bon. Et cela à tel point qu'on ne voit pas très bien par quoi ces procédés simplistes pourraient être remplacés. Quels « atlas linguistiques » de France ou de Navarre, des Landes ou. de Daco- Roumanie, quelles statistiques matrimoniales et intermatrimoniales pourraient suppléer à ces données de la méthode comparative ? En dépit de tous les perfectionnements, en dépit surtout de certaines complications inutiles et inventées à plaisir, ces données demeurent la base fondamentale de toute la science.
Transportée du domaine général indo-européen dans le
domaine roman, la méthode comparative et historique y a reçu de bonne heure un premier complément, dont à la vérité le comparatisme indo-européen était moins aisément susceptible.
Ce dernier, dans ses systèmes d'explication, procède surtout par induction: la déduction n'y est qu'un procédé secondaire. Un tait a, attesté dans une langue A, est mis en relation avec des faits b d'une langue B, c C, d D, etc., d'où l'on induit un fait x dans l'indo-européen X, et, par ce fiiit .y, on peut expliquer, suivant une marche non plus inductive mais déductive, un fiiit // d'une langue N.
Mais un fait qui se trouve isolé dans la langue A ou dans la langue B ou dans n'importe quelle langue du domaine, n'est pas susceptible d'explication par l'indoeuropéen, lorsqu'on ne peut démontrer que ce fait isolé dérive directement des autres faits attestés dans la langue considérée, dont il serait alors une création propre. Parmi les exemples nombreux de ces faits isolés dans chaque langue et dont on ne peut démontrer l'origine indoeuropéenne, on citera les parf;iits latins en *-vl (amavi, monni, audivi), les infinitifs passifs latins en *-z, en *-rî, en *-ier ou en "-/îVr {legï, aiuari, figier, perconlaner), des mots tels que tnille, m il in, etc.
On a parfois interprété les faits de ce genre comme étant de provenance extra indo-européenne, et une telle interprétation est souvent vérifiable lorsqu'il s'agit surtout de faits de vocabulaire, à propos desquels on a des renseignements fournis par les auteurs anciens, lat. mûppa par exemple, qui est un mot carthaginois (Quint., i, 5, 5 7). Elle est vérifiable dans certains cas encore grâce aux procédés de la comparaison s'eî^erçant entre deux familles de langues différentes : par ex. pour latin bratiis « cyprès », qui, comme le grec |3pàOu « genévrier » ou ^^patov « cèdre » est un emprunt à une langue sémitique du nord-