VI. « MIRAGES PHONÉTIQ.UES
« Le langage est ainsi l'objet d'une étude incessante, d'un travail d'amélioration et de retouche, qui paralysent la liberté de son développement, soit qu'un parler, fier de soi,... refondeàson imageles mots qui vicnnentdu dehors,... soit qu'au contraire des parlera, qui ne veulent plus ou ne peuvent plus être indépendants, trouvent hors de chez eux ce qu'ils tiennent pour le modèle du bien-dire et refaçonnent leur personnalité méprisée à l'image de celle qu'ils admirent. »
Telles sont résumées aussi exactement et complètement que possible l'argumentation exposée dans les Mirages et les conclusions auxquelles aboutissent les auteurs de cet article fameux. Le raisonnement y est conduit, semble-t-il, avec une rigueur implacable. On est pris dans cet engrenage, enfermé dans ces dilemmes, enchaîné, serré dans cette logique, et la pauvre conception qu'on s'était faite de la régularité phonétique et de la persistance locale de la tradition latine sort de l'épreuve fort mal en point. La démonstration de i\IM. Gilliéron et Roques paraît irréfutable. Dans ce bloc cohérent comment trouver une fissure ?
Ce n'est pas une fissure, mais plusieurs, qu'un examen attentif va nous révéler, et si profondes, à notre sens, qu'elles condamnent à l'écroulement le bloc tout entier.
Nous n'insisterons pas sur certains points de la conclusion qu'on vient de lire et qui sont, sinon contradictoires, du moins difficilement conciliables soit avec l'ensemble, soit avec le détail de l'argumentation. Si tout est, ou peut être, mirage dans la phonétique, comment celle-ci demeuret-elle le" puissant » « instrument d'observation », dont on nous parle ? Comment nous permet-elle de découvrir les marques phvsiques d'origine étrangère ou récente que peut présenter tel ou tel mot ?
Si tout est, ou peut être, mirage dans la phonétique, le mieux est donc de la rejeter comme un jouet puéril.