VI. « MIRAGES PHONÉTIQUES
Avec ces trois ou six mots, qu'on mette en balance toute la foule des vocables constituant les << séries phonétiques dominantes », quand il s'agit du traitement des consonnes intervocaliques, des a, des è ou des à toniques ou de tant d'autres phénomènes romans ; qu'on mette en balance la foule des mots constituant les « séries phonétiques dominantes » quand il s'agit d'évolutions telles que la substitution des consonnes du germanique ou de Tarménien, etc., etc.
Que pèsent, en regard, six exemples — nombre arbitrairement limité — de mots — arbitrairement choisis — dans des parlers — arbitrairement groupés ?
Il est de toute évidence que plus le nombre des exemples est réduit, moins les parlers paraîtront a unitaires », et moins il y aura de chances d'y observer de véritables « séries dominantes ». C'est ce qui ressort mathématiquement des données mêmes que vous nous fournissez : pour M, dont vous nous donnez six exemples, vous relevez onze « parlers unitaires » sur quarante ; pour fl, dont vous ne nous donnez que trois exemples, vous n'en relevez que six. Bien mieux, dans ce dernier cas, sur les quarante parlers, j'en vois neuf où il n'y a même pas l'ombre d'une « série dominante », puisque les trois mots y apparaissent avec une initiale offrant trois degrés phonétiques différents.
Les auteurs des Mirûges pensent avoir ruiné « le postulat essentiel de toute recherche phonétique sur les patois gallo-romans » Qb., 73). Je crains qu'ils ne s'abusent.
Bien loin de conclure, comme eux, que « la certitude de retrouver la tradition phonétique locale dans une série homophone s'évanouit et, avec elle, toutes les constructions qui ont besoin de cette certitude » (ib., 60), nous dirons que la troublante théorie des Mirages, est elle-même le plus vaporeux, le plus irréel des mirages, parce qu'elle n'a été fondée que sur une application partielle — et en même temps partiale — des saines méthodes phonétiques.