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LE PROBLÈME PHONÉTIQUE : II. CONVERGENCE DES METHODES

L'existence, dans une langue donnée, de séries homophones, correspondant d'une manière normale et régulière — sauf cas particuliers — à des séries homophones de la langue mère, est un fait attesté de toutes parts, et contre lequel se briseront tous les raisonnements, toutes les argumentations captieuses de la sophistique.

Pour le saisir dans toute sa réalité multiple, pour en apercevoir les conditions complexes et les conséquences de tout ordre, nous devons faire appel à la combinaison des diverses méthodes dont dispose la linguistique romane.

Les auteurs des Mirages phonétiques n'en ont effleuré l'étude qu'en utilisant la méthode géographique, et encore sans donner à cette méthode toute l'ampleur ni toute la rigueur qu'elle comporte. Au lieu de limiter leur enquête à quarante patois groupés au petit bonheur, ils auraient dû découper dans les cartes de V Atlas linguistique des secteurs dessinés géométriquement et fonder toute leur démonstration sur les faits révélés dans ces secteurs.

Même dans ces conditions, la géographie linguistique, réduite à ses propres moyens, ne pourrait aboutir qu'à des résultats incomplets, à des conclusions précaires. Comme on n'a pas pour l'instant, et qu'il sera sans doute toujours à peu près impossible d'avoir des atlas linguistiques, sinon complets, du moins donnant la répartition géographique de la majorité des formes usitées dans un territoire déterminé, on est bien obligé, si l'on veut vérifier l'existence de séries homophones un peu étendues et non limitées à quelques mots, d'avoir recours à des matériaux étrangers aux atlas.

Il est juste de remarquer que, dans le paragraphe des

Mirages phonétiques intitulé « Enquêtes concordantes » {Et. géog. Jing., 71-3), quatre mots, « enfler », « ronfler », « soufl^er » et « û:mc », recueillis dans des enquêtes distinctes en 1891 et vers la même époque, par MM. Zimmer et Gilliéron, ont été ajoutés à la liste des trois mots commençant par le groupe Jî. Mais ces mots sont étudiés tels qu'ils se présentent dans une région, le Jura bernois, qui est fort éloignée des quatre groupes de patois retenus dans les Mirages phonétiques. Cette excursion hors de V Atlas linguistique de la France aurait dû s'accompagner de beaucoup d'autres à l'intérieur des domaines géographiques qui étaient en jeu. En un mot, la méthode historique de comparaison, fondée, comme on l'a vu, sur la collation des documents anciens et modernes, aurait dû être associée à la méthode purement géographique, dans laquelle se sont cantonnés les auteurs des Mirages.

Pour connaître les rapports réciproques des formes aberrantes et des séries dominantes ou homophones^ pour en reconstituer la succession chronologique et en découvrir les causes, il eût été expédient de joindre à l'exploration en surface, réalisée par la géographie, une prospection des couches profondes, de laquelle l'histoire eût fourni les éléments. La confrontation des résultats obtenus par cette double méthode, plutôt que l'argumentation trouble exposée dans les Mirages, aurait projeté quelque lumière sur le problème de la régularité des évolutions phonétiques et de l'existence des traditions phonétiques locales.

Le domaine piémontais fournit un exemple de la complexité de certains problèmes phonétiques et en même temps de l'utilité qu'il peut y avoir à poursuivre la solution deces problèmes par l'emploi convergent des méthodes.

Le consonantisme piémontais offre, pour les palatales, des séries phonétiques contradictoires, par exemple: A, 1° ka- nitial : karn < carnem, kaval ■< caballuni ; 2° -kha-

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