‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 61 sur 149 · PRINCIPE DE SUPERPOSITION · texte numérisé non relu

PRINCIPE DE SUPERPOSITION

il résulte que le î; de aven et de avôn est le représentant normal et direct du v latin, tandis que le w âe aivèti ne représente qu'un segment détaché de cev, segment qui a absorbé postérieurement le v dont il était sorti.

L'emploi du procédé de superposition permet non seulement d'établir un système rigoureux de concordances entre plusieurs parlers, mais encore de reconstituer le procès de certaines évolutions phonétiques.

Comment le groupe -rs- est-il passé en lorrain à la chuintante ^? Cette évolution est attestée pour des mots comme bié <Cbirs « berceau », ékÔ£ (.<■ cosse de pois, écorce », pu£é « pourceau », etc., dans l'extrême sud de la région ardennaise (Bnin.ea.u,Phon., 397) et pour des mots comme tyé€ « clair », dn^ « dur » etc., dans les Vosges méridionale (Blo., Fo., 54).

Plusieurs explications s'offrent : l'r en position finale peut être passé à ^ (Bruneau, Phou., 349 ; Cuny, Rev. l. rom., XLIX, 532). Mais pu^c fait difficulté, ainsi d'ailleurs que ard. mérid. gaso « garçon », êeiua, c hier soir », pèeôn « personne », rvéei « renverser », etc.

Il apparaît donc que l'évolution n'est pas conditionnée par la position à la finale ; et du€ « dur » ou formes analogues semblent bien continuer un groupe r + 5 de flexion (Blo., Fo., 55).

Dès lors on peut hésiter entre deux hypothèses pour expliquer tous ces € : ou bien il y a eu altération de IV devant s, altération comparable dans une certaine mesure h celle qui s'est produite devant d, kwad, kwat <C^chordam; et dans ce cas Yr, au lieu de s'assimiler à Vs comme en latin vulgaire {dorsum >> dossii), serait, par différenciation, et par l'intermédiaire d'une r prépalatale puis palatale, passé insensiblement à y, d'où -ys- > -€- ; — ou bien l'r, devenue postérieure, a reculé, par assimilation le point d'articulation de Vs, qui, de dentale, est devenue prépalatale, et qui finalement a absorbé Vr, cause de sa propre altération.

De ces deux interprétations, la seconde seule est admissible, si l'on tient compte i° du fait qu'il n'y a aucune superposition géographique entre les îormes piiéé « pourceau » et kwal « corde » (Bruneau, Liin., 171, 208), et 2" du fait que la limite géographique de l'évolution du groupe rs vers € se confond à peu' de chose près avec la limite de la variété « lorraine » de Vr (Bruneau, ^rrf., 398 ; cf. Lim., 209).

La géographie phonétique nous engage donc à considérer le traitement lorrain de rj >> € comme un exemple d'assimilation régressive, bien différente de celle du latin vulgaire ^(VJ///;/ <idorsmii, laquelle est progressive, et comparable plutôt à celle de latin classique tej'ra <i*tersa, où l'assimilation, régressive, a été totale, tandis qu'elle est restée partielle en lorrain.

Dans les exemples qui viennent d'être analysés, la preuve tirée de la superposition géographique fait intervenir la comparaison d'aires phonétiques qu'il faut suivre dans des mots différents. Plusieurs cartes linguistiques entrent en jeu dans la démonstration.

Mais il existe un autre critérium, qui doit être distingué du précédent. Il ne nécessite pas la mise en œuvre de plusieurs mots ni de plusieurs cartes linguistiques. Il ne demande l'examen que d'une seule carte et d'un seul mot. Ici encore, il s'agit du principe de superposition géographique, mais l'application s'en présente dans des conditions particulières que nous allons préciser.

La carte « joug » du Petit atlas linguistique d'une région des Landes (y. fig. 1 5) est en elle-même très significative. Un coup d'œil sur cette carte suffit à nous apprendre que, dans le représentant landais du latin jïiguni, le timbre / de la voyelle est conditionné par le contact d'un lu, et que la nature de la consonne initiale n'influe en rien sur la qualité de la voyelle tonique, puisque y ou / précèdent indifremment û ou ■/.

Page 1