‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 62 sur 149 · TI · texte numérisé non relu

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FiG. 15. — « Joug » dans les Landes.

Si quelqu'un était tenté d'admettre une influence de la consonne initiale sur le sort de la voyelle tonique, il serait obligé de supposer que cette influence ne s'est exercée que subsidiairement ; et encore se heurterait-il à toute sortes de difficultés. En effet, d'une part, dans l'hypothèse où l'influence de la consonne initiale se serait manifestée avant la transformation de v en / (assimilation progressive : yii(tu)'^ yi(w) ), il faudrait admettre qu'elle s'est propagée aux secteurs Nord et Ouest,j)'m',//ît', et qu'elle a respecté les secteurs Sud et Est — dans lesquels, par une coïncidence étrange, le w final se trouve justement tombé : )77,;7/. Un tel concours de circonstances est invraisemblable, et cette explication paraîtra d'autant plus inadmissible que la limite qui sépare les // des i passe entre des communes limitrophes, et que par conséquent les domaines de yiw et jiw^ sont absolument contigus aux domaines de yû et jû, sans intermédiaires possibles.

Quant à l'autre hypothèse, celle où l'influence de la consonne initiale se serait exercée après la transformation de y en y, elle est à rejeter absolument. En effet, dans cette hypothèse, il faudrait admettre d'une part que, dans le secteur

MiLLARDET.

Ouest (yhu\ le y a exercé cette assimilation progressive supposée précédemment, mais qu'il ne l'a pas exercée dans le secteur Sud O'/'O' ^^> coïncidence étrange, le w final est tombé. Il faudrait admettre en outre — et alors les bornes de l'invraisemblance sont dépassées — que, au contraire, dans le secteur Nord (jiw) le ; aurait exercé une influence différenciatrice sur 1'/^ ; qu'il l'aurait délabialisé, étant lui-même un phonème labio-prépalatal, d'où jiiw >> jm> ; et il faudrait admettre en outre que cette action aurait cessé d'opérer dans le secteur Est (;/7) où le w final — , coïncidence inouïe, — est absent.

De toute manière donc, et à ne s'en tenir qu'aux seules données de la géographie, telles qu'elles sont fournies par cette seule et unique carte, on est obligé d'écarter l'hypothèse d'une action quelconque de la consonne initiale sur Vil tonique, et on est amené à expliquer 1'/ de jûgitni dans les Landes par une influence de w final sur /'/.

Le critérium qui nous a permis d'arriver à cette conclusion pourrait être appelé critérium de « superposition phonétique interne » par opposition au critérium de « superposition phonétique externe ». En effet nous avons été amenés à constater la superposition des aires de 1'/ et du w final à l'intérieur d'une seule et même carte, et d'un seul et même mot, et c'est sur cette coïncidence des aires que nous avons raisonné.

Ce critérium peut être de la plus grande utilité toutes les fois qu'il s'agit de définir l'évolution des mots à contexture spéciale, tels qu'il en existe dans toutes les langues, véritables « isolés phonétiques », qui n'entrent pas, ou entrent mal, dans le cadre de séries homophones, parce que les phonèmes qui les constituent s'y trouvent placés dans des conditions complexes : latin gmgiva, iiinbiliculu, etc. (cf. R L R, LX, 454. Voir Grammont, Idg. Forsch., 1909, 371 : Y'j;j,v;ç). Dans ces cas plus ou moins anormaux, le critérium géographique de superposition interne semble

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